Demain, les robots ?

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Posted on 28th octobre 2018 by Gunter in Textes

DEMAIN, LES ROBOTS ?

Au départ la fabrication des robots servait à des fins pratiques (construire des voitures, par exemple) ou servait à des fins de connaissance (explorer la lune ou les océans…). Ces robots n’avaient pas de forme humaine. Puis vint l’idée fascinante de pouvoir fabriquer des êtres vivants et mieux encore des êtres humains et, tant qu’à faire, de type plutôt esthétique ! D’où l’innovation de créer des robots humanoïdes dans les entreprises pour libérer les ouvriers des tâches répétitives et épuisantes, ou pour venir en aide aux personnes âgées et aux handicapés tout en leur tenant compagnie. Donc progrès technique.

L’ère du numérique et des humanoîdes est arrivée. Les entreprises de demain devront faire cohabiter hommes et machines. Humains et robots devront alors développer des « relations harmonieuses ».

Il existe déjà un robot nommé « Nextage » qui est le premier à travailler aussi étroitement aux côtés de l’homme. Il travaille comme 3 employés. Travailleur irréprochable de jour comme de nuit, il assemble et emballe, sans fatigue, ni stress.
« Quels sont les avantages de ce robot par rapport à un ouvrier ?
A l’évidence, un robot n’oublie rien, ne fait pas d’erreurs, n’est jamais fatigué, ne trouve jamais rien de fastidieux… Du coup, la qualité de nos produits est irréprochable car il n’y a pas d’erreurs d’assemblage.
Les robots sont-ils adaptés pour travailler avec des humains ?
D’ordinaire, autour d’un robot industriel, il faut mettre une barrière de protection car il bouge très vite, et un accident est toujours possible. Avec les robots Nextage, ce n’est pas nécessaire. Ils sont sûrs. Si un ouvrier humain le touche par hasard, ses bras s’arrêtent de travailler et ses mains deviennent “toutes molles”.
Qu’en pensent les ouvriers ?
Ils considèrent les robots comme des collègues. Vous savez que le matin les ouvriers japonais font des exercices physiques d’échauffement dans les usines. Dans notre usine de Saitama, les robots les font avec eux. » (Paris-Match 24.11.2013)
Mais le « hic » de cette histoire, c’est l’arrivée du « cyborg », personnage intelligent (de science-fiction !) qui a reçu des greffes de parties mécaniques ou électroniques ; arrivée prophétisée par des futurologues comme étant l’avenir d’une espèce surpassant les humains actuels. Pour certains, dont Laurent Alexandre, l’espèce humaine va devenir immortelle : « Grâce au développement exponentiel des nanosciences, biologie, informatique et sciences cognitives (NBIC), une biorévolution est en marche. Pour commencer, le séquençage de l’ADN, qui se généralisera et se démocratisera, va bientôt permettre à chacun de connaître ses forces et faiblesses génétiques et par conséquent à œuvrer au recul de sa mortalité… Et la thérapie génique va accentuer le mouvement. Mieux ciblées, les maladies seront évitées, circonscrites voire torpillées, le vieillissement court-circuité… si bien que l’éternité-même, le graal des graals est envisageable. Bref : la mort, un jour, aura vécu. ». (Gène homme, par Sabrina Champenois. 21 mai 2013)
Nous sommes entrés dans une réelle mutation. Mais quelle est-elle vraiment ? Nous vivons là une crise au sens étymologique du terme grec : krisis signifiant décision. Si Mai 1968 fut la convergence de deux désirs : changer le monde et changer la vie, qu’en ressort-il depuis ces 50 dernières années ? Deux options opposées ; l’une prétend répondre au besoin d’humaniser la machine et de robotiser l’homme, ; l’autre repose sur quelques principes de base : « pouvoir décider librement de ses actes, ne pas regarder la personne comme un objet marchand, ne pas être réduit à un corps-machine fragmentable et réagissant à des signaux » (Humain, transhumain. Revue « Approches », n°173/Mars 2018, p.22) « Distinguer entre un transhumanisme à finalité réparatrice et un second à finalité augmentative (p.9)… En 2016, Laurent Alexandre prédisait un effacement des frontières entre l’homme réparé et l’homme augmenté (p.10)… Il s’agit de jouer avec l’espèce sans limites d’âge. D’attendre avec ravissement l’imprévu qui jaillira des recombinaisons spontanées des hybridations entre elles (p.31)… Aujourd’hui, règne l’aspiration aux hybrides, au cyborg, au transgenre. L’humanité n’a pas fini de faire du neuf (p.36). François Jacob constatait qu’on n’ interroge plus la vie dans les laboratoires, mais qu’on s’intéresse aux algorithmes… Stanislas Dehaene n’hésitait pas à dire : « Je crois vraiment qu’on est en train de remplacer la philosophie par des études expérimentales. C’est le travail du scientifique de remplacer une réflexion philosophique par de l’expérimentation » (p.40). Nous sommes prisonniers de l’idéologie scientifique, mais les transhumanistes, eux, la considèrent comme une bénédiction puisqu’elle permettrait l’avènement d’un nouvel homme (p.42)… Pour faire comprendre ce que serait une vie immortelle, Kurzweil imagine une immersion dans une ‘réalité virtuelle’, d’où l’on pourrait entrer et sortir à notre gré. On ferait, alors, l’expérience concrète de l’utopie transhumaine (p.44). Etrange est le titre du livre de Laurent Alexandre : « La mort de la mort et sous-titré : comment la technomédecine va bouleverser l’humanité ». Je me pose la question : Comment une mort peut-elle être tuée, puisqu’elle est morte ? (p.45)
L’aspiration à l’immortalité est-elle pour autant absurde ?
Le terme « immortalité » n’est pas un concept inventé pour conjurer la mort, mais une réalité à expérimenter confirmant son existence inscrite en nous. Voyons de plus près ce qu’en disent M. de Hennezel et de B. Vergely dans leur ouvrage : « Une vie pour se mettre au monde », éd. Livre de Poche 2011) :
« La vie est au fond, un long et passionnant éveil, une mise au monde permanente de nous-mêmes… On naît et on fait naître successivement l’enfant, l’adolescent, l’adulte, l’homme ou la femme mûrs, puis le ou la sage en nous… (p.7)

Une vie pleinement vécue jusqu’à son terme, travaillée, mûrie, ciselée par les pertes et les lâchers-prise, traversée du souffle de la vie intérieure, est comparable à une œuvre d’art. Dans l’élaboration de cette œuvre, tout compte, la fin comme le commencement. Et chaque étape nous invite à mûrir encore, à descendre dans les profondeurs de notre être, et à devenir de plus en plus conscients…

Plus on réalise tôt que la vie même est une œuvre, mieux on vit la mutation de l’âge. Et plus on a de chances de vivre une expérience heureuse en vieillissant. Car l’idée même d’une œuvre à accomplir maintient éternellement jeune… (p.9)

Ce que mûrir veut dire

L’homme est fait pour vivre et avoir un devenir de vie. Il faut sans cesse le rappeler, notamment lors de la vieillesse. Elle n’est pas un déclin, mais un accomplissement. Il est beau d’aller au bout d’une vie. Il faut aller au bout d’une vie. Une vie se termine, comme une œuvre se termine. Ce n’est pas rien que de vieillir. C’est une œuvre… (p.64)

Mûrir s’apprend. C’est un état d’âme et pas simplement un état du corps… (p.66)

On s’interroge sur le sens de la vie. On se plaint de ne pas le trouver. Et pour cause. On s’y prend mal… Il suffit d’ouvrir les yeux. Le sens est là, devant nous. Nous sommes même dedans. Naître, grandir, puis un jour vieillir et quitter le monde afin de laisser la place à d’autres pour qu’ils continuent l’œuvre de propagation de la vie dans l’univers. Voilà le sens. Le sens de la vie est dans la vie même sous tous ses aspects. A nous de vivre en naissant, en grandissant, puis en nous détachant du monde. A nous de transformer le sens de la vie donné en un sens construit. A nous de vivre ce que la vie nous offre. Elle nous offre de devenir. Devenons. Devenons ce que nous sommes, à savoir des vivants.

C’est ce que veut dire le terme « accepter » qui est l’accomplissement du mûrissement. On pense qu’accepter consiste à se résigner. C’est une erreur. Qui accepte dit « oui à la vie » parce qu’il le veut. Qui se résigne dit oui à la vie, malgré lui, en ne cessant pas de la refuser… (p.67)

Quand une personne apprend que le temps de la fin a sonné, elle passe par 4 phases : le déni, la révolte, le désespoir et l’acceptation… On fait ce que l’on n’a souvent jamais fait au cours de sa vie. On se sert de soi et de la vie par le fait de vivre de l’intérieur. Cette découverte est si importante qu’elle donne beaucoup de sérénité à ceux et celles qui la vivent… Au point qu’on voit nombre de personnes sereines remonter le moral de leur famille… A quoi ont-elles dit oui ? A la mort ? Non. Elles ont dit oui à elles-mêmes. Ce oui à soi suffit à changer la face de la mort en faisant apercevoir que la « fin de la vie » n’est pas l’ « arrêt de la vie. »… (p.68)

Les jeunes gens sont portés par la vie. Les vieillards portent la vie. Ils la portent en disant oui à ce qu’ils sont, malgré l’âge, les épreuves, les difficultés. C’est ce qui leur donne de la lumière…
Ce oui adressé à soi-même va loin, puisque c’est lui que l’on retrouve au cœur du mystère de la souffrance. On l’oublie toujours : souffrir a deux sens. Souffrir veut dire subir. Souffrir veut dire supporter. On subit quand on est esclave de la douleur physique, morale ou spirituelle. On supporte quand on est assez fort pour ne pas être esclave de ces douleurs. Dans toute expérience de douleur, il y a un moment crucial. Il s’agit du moment où la question d’Hamlet surgit : être ou ne pas être ? Supporter ou abandonner la lutte et subir en tombant en dépression ? Vivre ou se suicider ?…
Inutile de rajouter de la douleur à la douleur en refusant d’être, de lutter et de vivre… Quand on choisit cette voie, on fait des merveilles. Qui adhère à la vie voit la vie adhérer à lui en retour. Il est alors porté par elle… (p.69)

Nous avons autour de nous de nombreux exemples de vieillesses sereines. Elles le sont parce qu’elles vivent dans la maturité de ce qui leur arrive. Elles ne se perdent pas dans de vains combats. Elles n’essaient pas de lutter contre le temps en essayant de jouer à être jeunes. Elles vivent le présent comme un « présent » et non comme une « offense » qui leur est faite. Résultat : elles sont mieux que jeunes. Elles sont vivantes…
Tout être humain a reçu la vie. Un jour vient le temps de la transmettre à son tour à d’autres en la redonnant… (p.70)

La vie ne cesse de renaître à travers des mues successives. Nous ne cessons de pratiquer des deuils et des naissances. Le bébé qui quitte le ventre de sa mère fait le deuil de la protection maternelle, mais il gagne l’enfance. L’enfant qui quitte l’enfance et son insouciance perd l’enfance mais gagne l’adolescence. L’adolescent qui perd son adolescence avec son élan impétueux perd son adolescence, mais il gagne la force de l’adulte. L’adulte qui perd la force d’adulte perd son état d’adulte, mais il gagne la vieillesse et son repos. Le vieillard qui meurt perd la vie, mais il est délivré de tout. Il gagne la délivrance. Délivré de tout, il n’est rien. Mais rien, il est Tout. Il est dans la vie universelle. (p.71)

Personnellement, je pense que le vieillard qui meurt ne perd pas la vie, mais quitte sa dépouille, cède son enveloppe physique à la Terre (d’où le mot décède) et la face cachée de la vraie VIE se révèle enfin à lui. Autrement dit, il gagne en conscience puisque sa conscience d’être persiste.

L’acceptation de la mort diffère de l’acceptation de la souffrance. Elle ne nous plonge pas dans la vie, mais dans le mystère de la vie. Le mystère n’est pas quelque chose que l’on cache, mais la face cachée des choses. Ainsi la mort est quelque chose de vivant, malgré les apparences. » (p.71)

Lors de notre pérégrination terrestre, lorsqu’on arrive au faîte de cette ascension, nous pouvons voir ce qu’est la Vie dans son ultime réalité. Elle nous dévoile ce qu’elle est véritablement. C’est une bouffée d’oxygène qui parcourt notre être tout entier (Esprit, âme, corps) dénouant tous les nœuds formés éventuellement par une pensée déviante qui a mal utilisé cet élan vital, cette sève montante qui anime notre être, que chacun possède sans exception. C’est donc une expérience vivante que chacun peut exercer, à condition qu’il le veuille ! Les aléas de la vie sont de multiples occasions pour la florescence de notre esprit.

Un pédiatre a dit à propos de l’enfant en devenir: « Le bourgeon est-il une fleur « en puissance », la fleur n’étant rien d’autre que le déploiement ou la réalisation du bourgeon, en ce qu’elle est déjà « présente » d’une certaine façon en lui ? »

Cette métaphore poétique exprime bien le processus dynamique de cet élan vital qui se manifeste à travers les différentes étapes de la métamorphose humaine inscrite dans l’être humain, c’est-à-dire de l’embryogenèse jusqu’à son déclin qui n’est autre qu’un passage vers la conscience ultime de ce qu’est la VIE, soit : ‘immortelle‘ dans son activité). Elle est avec ou sans nous selon notre optique. Mais quelle est donc l’origine de la VIE en général ? Mystère. Contentons-nous seulement de reconnaître celle-ci et de la respecter. 

Chez l’être humain, cette étincelle d’esprit, cette étincelle de volonté, ce bourgeon endormi, au départ inconscient, qui se développe et se déploie en une fleur de vie qui prend conscience d’elle-même et qui participe à l’évolution générale en interdépendance avec tout ce qui existe n’est-elle pas la preuve d’une prodigieuse liberté au service de la créativité et de la joie ? A-t-on besoin d’être numérisé pour l’éprouver ?

Alors, création de la Vie à partir de la matière, ou matière animée par la VIE ? Nous en percevons ses multiples formes à travers son perpétuel mouvement. Honorons la par notre manière d’être en toute simplicité.

L’homme futur, ce nouvel homme, cet homme-esprit, sera non le cyborg annoncé, mais un être humain ayant fait un travail sur lui-même et par lui-même pour se réaliser sans puce électronique dans son corps. Et je terminerai cette réflexion d’Epicure indiquée sur l’invitation à la soirée philo d’Ivry le 24.10.2018 :

« Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à philosopher et quand on est vieux, on ne doit pas se lasser de la philosophie, car personne n’est trop jeune ni trop vieux pour prendre soin de son âme » (Epicure). Ainsi se clôt une boucle. La fin rejoint le commencement, mais en spirale continue vers le haut. On n’a jamais fini d’apprendre et de s’émerveiller..

(Marie-Noëlle Douin)

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