Après le débat aux Phares

0 comments

Posted on 11th octobre 2013 by Gunter in Textes

Elke says:

Du coq castré à la puissance virile…..
L’alchimie du café philo fait que d’un sujet qui nous irrite, on passe à la compréhension d’un monde qui divise mais qui s’articule autour d’une Loi qu’on veut ignorer mais qui nous tient. L’envie de sortir du monde binaire de ceux qui sont pour et ceux qui sont contre vers un monde ou l’union se crée autour de l’appel de la vie à soi-même. Au terme du débat de ce dimanche, je chante la gloire de la Loi. Non celle qui divise, mais celle qui unit l’éternel féminin au masculin tout aussi éternel. Qui fait que dans l’espace créateur de l’homme et de la femme peut jaillir la vie qu’on cherchera à protéger envers et malgré tout. Pas les petites lois d’une législature qui veut tirer sa puissance de l’illusion de pouvoir nier la différence, mais la Loi.Celle qui supporte les grandes civilisations de l’humanité, qui pu donner naissance au travail culturel de l’homme nous permettant à présent d’explorer les limites de l’univers. Ce n’est pas Greenspan, coq castré qui se décore de plumes factices, l’argent, qui a raison, mais Abraham qui monte la montagne, prêt à donner son propre fils (et non le fils des autres) pour assurer l’avenir. Fonder l’avenir sur notre propre courage, et non sur le courage des autres. Voilà, au terme de ce débat, un brin d’espoir de pouvoir s’appuyer sur des références culturelles plus fiables que celles de Coca Cola et Loft Story. C’était sur le trottoir, dans l’après-coup de la séance. Lors de ses petits moments magiques du café philo ou le sens se fait présence.

Philosophie et psychanalyse (Gilles Roca).

0 comments

Posted on 26th septembre 2013 by Gunter in Textes

Philosophie et Psychanalyse,

problématique, philosophique’, Analyse … puis conceptualisation,
Le désir, Le courage … de La Vérité, Lien, de L’inter’- Action,
reliée, juste’, en beauté … entre Les deux’, un … pacte’,
un, réciproque’, impact’,
en Lien, Au monde’, À L’Autre’, À soi, À changer, transformer, ma foi !, des … pensées, d’énergie,
Vie pensée, Vie Agie, et … des Vivres … pour Vivre’, inconscient, un … conscient, L’âme’- agit …
fait des ponts, passerelles, intimes, universels, et fenêtres …
portails, mutuelles … semailles, Accoucher, corps-esprit, processus’ de travail,
mieux pensé, mieux compris, un double … gouvernail …
philosopher’, Analyser, se délivrer, se Libérer, naître …
pour se réaliser’, et puis, s’en Libérer … PsychoPhilosophie,
des racines’… Aux’ Ailes, un, singulier, pluriel, qui s’imbrique’, entre-mêle’, un … personnel défi …
se distancier, de soi, se rapprocher, de soi, finalité, « [ Lucidité, blessure ... La plus rapprochée
de son soleil ] » … René Char … Le – Vent du Souffle … déclenché …
de L’Esprit, En-Vie-Vent … de pessimisme’, Acté, optimiste … clarté,
une’, érotique’, éthique, quête … de soi,
en Lien, en devenir, qui Vient, d’ inné … À-qui ? … À soi,
qui … naît, en solidarité, et en cohérence … complémentarité,
La raison pour moyen, La sagesse pour fin,
monde’- éveil, citoyen, de L’éveil, soif et faim …
« mal-a-dit … Le docteur » ( Vincent Roca ), bien … A dit Le penseur, et Le Lien est Là – quand … L’éveil est’ éloquent,
« médecine de L’Âme’», une’ Approche de L’homme … qui en co-naît … sens’,
y croît … re-connaît … sens’,
déconstruit,
reconstruit …

Gilles Roca, sur d’Ardentes braises,

Cas-fée-Philo, Gunter’,
Au Bon Pêcheur,

Fructidor, 15 septembre 2013,
Philosophie, Psychanalyse … ses fruits d’or

Lettre ouverte à Jo Strich.

0 comments

Posted on 20th janvier 2013 by Gunter in Textes

Cher Jo,
Tu ne seras pas étonné si je te dis que j’ai beaucoup aimé cette phrase : « …comme la philosophie l’est par rapport à la sagesse, par rapport à toute discipline scientifique. »
Je t’avoue par ailleurs d’être de plus en plus sceptique concernant la division classique droite – gauche et tu y fais toi-même allusion. « Philosophiquement » parlant, il y a ceux qui se contentent d’aménager la fameuse Caverne – il s’agit seulement d’y mettre un peu plus de confort – et ceux qui pensent qu’il faut en sortir. Sans violence, bien sûr : une autre révolution de velours, par exemple.
Il devient de plus plus évident que le stalinisme était une catastrophe (tout nationaliser, la thèse) et que le turbo-libéralisme (l’antithèse) représente la catastrophe inverse : tout privatiser, la médecine, l’école, l’énergie, les transports communs, autrement dit ce qui devrait relever de l’intérêt commun ou général. Donc, une dialectique de plus (à côté de celle que tu suggères en ce qui concerne les présidents américains) avec comme synthèse une économie mixte fondée sur des nouvelles bases, à inventer…
Quand reviendras-tu animer les Phares où tu as laissé un très bon souvenir.
bien à toi,
Gunter

Joseph Strich : « Pourquoi Obama ? »

0 comments

Posted on 20th janvier 2013 by Gunter in Textes

20 janvier 2013 – A l’occasion de la prestation de serment du président des Etats-Unis Barack Obama, ce 20 janvier, suite à sa réélection le 4 novembre dernier, quelques réflexions philosophiques sur l’importance historique d’un mandat Obama 2, d’une réédition de cette présidence.
Je n’ai à vrai dire aucun mérite à avoir si justement titré cet article: Pourquoi Obama, l’ayant en fait repris d’un célèbre film documentaire de Claude Lanzmann. Donc « pourquoi Obama », c’est en fait pourquoi malgré tout Obama, pourquoi il le faut, encore une fois, lui, le premier président noir des Etats-Unis.
Car, par-delà le politique, le journalistique, l’anecdotique, de quoi s’agit-il? De couleur d’abord. Une nuance de couleur. Une couleur nécessaire (explications suivent). Et de… philosophie!
Certes, Romney aurait peut-être en fin de compte mené la même politique, surtout intérieure, et pour ce qui est de celle étrangère, d’aucuns diront, meilleure. Ainsi par exemple l’ouragan Sandy aurait été aussi bien traite par un autre president. Quant au Moyen-Orient, il n’a jamais été aussi « ancien », aussi peu printanier, n’en déplaise à Obama et à ses mentors en la matiàre, les Clinton et le chantre du « nouveau Moyen Orient » Shimon Pérès.
Mais en définitive, cet Obama-là, celui du pire peut-être, il faut le dépasser, tout comme celui du meilleur, de la réforme du système d’assurance maladie, l’ObamaCare, si révolutionnaire au royaume libéral du chacun pour soi, et si bénéfique pour tant de dizaines de millions d’Américains démunis.
Car je peux être ou ne pas être d’accord avec telle ou telle politique menée par l’administration Obama, mais qu’importe! Là, justement, nous sommes sur un plan au-dessus de la politique, au-delà de l’actualité et de l’histoire entrain de se faire. Obama, c’est bien plus qu’Obama, comme la philosophie l’est par rapport à la sagesse, par rapport à toute discipline scientifique.
Le personnage, son symbole, sa couleur comme nous avons dit, révêtent une importance primordiale non seulement pour la démocratie américaine, mais aussi pour toute la civilisation occidentale, pour la « tribu blanche », pour toute l’histoire de l’humanité.
Cela tient au fait qu’il y ait eu enfin un président différent. Il n’était pas écrit qu’il doive être blanc. Et ce qui pouvait ou devait être a eu lieu, enfin. Dans la lignée d’une digne dialectique: thèse, antithèse (Obama), et peut-être un jour synthèse.
Saluons donc le triomphe de la critique, le jour de l’alternance (comme le président élu Sarkozy avait en 2007 salué rétroactivement l’alternance de 1981 avec l’élection de Mitterrand, et comme il fallait saluer en 2012 le retour de l’opposition socialiste en France).
Le 4 novembre dernier, et alors que je couvrais et participais à une soirée pro-Obama organisée par le parti de gauche Meretz sur un toit de Tel-Aviv, et tandis que les résultats affluaient au cours de la nuit, je méditais: c’est une élection philosophique, grecque (dans le sens classique), empreinte d’esprit talmudique (le pilpoul, c’est-à-dire de contradiction), et ce – même si rien ne devait en sortir au bout du compte (il n’y a jamais vraiment de gain en politique, aucun sort n’est amelioré, à moins d’une vraie révolution, et encore: matière à penser à tous ceux qui ont voté au printemps dernier pour Hollande, lui qui, maitenant, s’en va en guerre… lui aussi!).
Quoi qu’il en soit, nous aurons eu au moins la satisfaction de voir trôner un descendant des Opprimés et Offensés, un représentant, ne serait-ce que par sa couleur ainsi anoblie, de l’alterité et de la différence, si caractéristique de ce qu’il y a de plus profond en l’humain, si philosophique. Longtemps encore nous aurons la nostalgie de ces années-la (2008-2016)!
. « Obama mon amour », diront peut-être nos femmes et filles. Et nous, avec ce sentiment confus et inconscient qu’ont dû avoir les Américains en le reconduisant à la Maison Blanche, nous répéterons apres lui: YES WE CAN! Yes we could!

Joseph (Jo Strich)
joseph.strich@gmail.com

Eloge de la critique ou Pour une Critique de la Raison Critique par Joseph (Jo) STRICH, Paris, été 2012

1 comment

Posted on 21st octobre 2012 by Gunter in Textes

Lorsque Gunter Gorhan m’a proposé, à la veille du 1er tour de la présidentielle, d’écrire un article philosophique pour le journal des cafés philo, j’ai tout de suite pensé à des bribes (lui a pensé miettes, en référence à Kierkegaard) philosophiques, à défaut de Pensées (trop pascaliennes pensai-je, donc contraignantes).
J’étais loin de penser à ce moment qu’il allait s »agir en fait de Lettres Persanes, dans le sens où j’allais me retrouver au cours des semaines et des mois à venir dans la situation de l’auteur (Montesquieu) de ces … méditations, réflexions? non, plutôt étonnements, face à une merveilleuse et folle hystérie collective, tant est que la chute d’un de mes articles journalistiques avait été: ils sont fous ces Français, qui, comme du temps d’Astérix, peuvent provoquer admiration et moquerie tout à la fois!
Vivant à l’étranger, exerçant le métier de correspondant de guerre au Proche-Orient, j’étais venu cette fois à Paris, depuis l’affaire de Toulouse, afin de couvrir la campagne électorale pour le compte de quotidiens anglo-saxons.
Au côté de mes papiers professionnels, je notais pour moi mes observations et remarques sur ce qui se passait autour, que ce soit dans mes pérégrinations et sorties parisiennes ou lors de meetings, conférences de presse, interviews…
Le sujet était tout trouvé: l’art de critiquer. Depuis mes premiers pas en philosophie, j’ai rêvé critique, critique de la critique. Je pense à Sartre et ses « Réflexions sur la Question Juive » — après Marx et sa « Question Juive » –, et sa « Critique de la Raison Dialectique » — en référence aux Critiques kantiennes de la Raison Pure et de la Raison Pratique–.
Quoi de plus passionnant en effet que le duel relatif-absolu, leur perception respective chez les uns et les autres, la conception relative de l’absolu et absolue du relatif. Philosophie et journalisme. Le royaume de la valeur absolue ne se prenant pas trop au sérieux, se croyant relative, et celui des valeurs relatives qui se veulent absolues. La philosophie comme moteur de recherche supérieur face aux cris d’Eurêka! quotidiens et partisans, sans dépassement.
La dernière campagne, toute imprégnée de journalisme, donc à vérité relative, mais convaincue de révéler la lumière. Dieu sur terre faiseur de dieux et défaiseur (Sarko-Ségo, Hollande). Même pas une opinion, pire, une passion, comme l’est l’antisémitisme (lire « La passion antisémite habillée par ses idéologues », de Francis Kaplan et les « Réflexions » sartriennes citées plus-haut).
De cette dernière passion irrationnelle, déraisonnée, comme le sont toutes les passions humaines, toujours irraisonnées, folles, tout a été dit, ou presque. Mais qui parle de la passion politique, doublée de celle journalistique, qui du jour au lendemain s’empare de toute une population, et cible, tenant un discours qui bien qu’infondé n’en est pas moins un, cible donc, là un peuple, ici un homme (en l’occurrence, durant la campagne au printemps Nicolas Sarkozy, le « méchant bonhomme » de la vie publique en France entre 2007 et 2012, et depuis la rentrée le « mauvais » Francois Hollande, qui l’a remplacé non seulement comme locataire de l’Elysée, mais aussi comme cible privilégiée des critiques les plus acerbes).
Bien qu’étant au fond de gauche, j’ai été choqué, comme l’ensemble de la communauté internationale (!), par l’antisarkozysme primaire, primitif, qui a prévalu toutes ces années en France. L’antisarkozysme, une passion française. C’était Sarko mort ou vif. L’homme à abattre. Anatomie d’une déligitimation. Son rejet a été orchestré par les média, dont cinq années d’efforts ont été couronnées de succès.
Mais « la mer est la même mer » et nous sommes au pays devenu celui de la pensée unique, où on achève bien les… Et voilà qu’un nouveau prétendument « nul », François Hollande, a commencé à apparaître au fil de l’été, d’abord timidement, puis de plus en plus ouvertement, et pas seul, mais avec sa compagne Valérie Trierweiler, la « sorcière » de service (au moins ce second rôle, féminin, avait été épargné aussi bien à Cécilia Sarkozy qu’à Carla Bruni). « Le bon, la brute et le truand », une presse digne de ce nom, particulièrement en France, mais ailleurs aussi (par exemple en Israël), ne peut se passer de ses ingrédients pour ex-ister.
J’espère que plus d’un, mais je n’en suis pas sûr, sera aussi choqué que moi de cet anti-hollandisme primaire, primitif, vraiment nul (c’est le cas de le dire), et que Sarkozy n’aura pas été le seul à bénéficier de la contre-déligitimation.
Pour paraphraser Spinoza, je dirais que la presse « persiste dans son être » et se définit ainsi (le garçon de café et sa mauvaise foi dans l’Être et le Néant de Sartre).
La rentrée se dessine donc ainsi: le nouveau président entame sa longue et pénible descente aux enfers, et même s’il transformait le plomb en or (il va s’en dire qu’on ne le laissera pas entamer l’application du programme socialiste pour lequel il a été élu démocratiquement), il est perdu d’avance, précipité dans sa chute par la crise économique et sociale qui frappe l’Europe entière, et beaucoup de flèches utilisées contre Sarko vont être détournées vers lui.
Certes ce ne sera pas avec la même haine que son prédécesseur, il n’y aura pas de croisade meurtrière, et le devoir d’honnêteté m’oblige à reconnaître un certain état d’apaisement régnant sur ce doux pays de France, mais ça en prend le chemin!

Faire la critique de la critique, c’est mettre le doigt sur l’absolument relatif, ou relativement absolu, cette nouvelle religion! Rien n’a changé depuis le temps où Socrate luttait en Sisyphe d’abord avec tous les « opinionistes » d’Athènes!
Avec le recul on voit tellement mieux. Lorsque l’oeil s’éloigne, l’objet perçu n’est plus vu, il devient observé. Et c’est après le 15 mai et la passation de pouvoirs à laquelle j’avais assisté à l’Elysée, que, en vacances en Provence puis en Italie, justement à Loano, haut lieu de la campagne d’Italie de Bonaparte, je pus méditer tranquillement sur l’autre campagne que je venais de vivre à Paris. C’était la campagne du mal dit, du mal vu, du mal perçu. Quand l’objet de (non)désir était le Mal-aimé suprême. Mais la Sarkophobie est devenue SarkHollande. Il y a du « bashing », mais point de criticité, de dialectique nécessaire à toute réflexion philosophique.

Voir le temps écoulé depuis les élections et mourir… Voici en conclusion quelques réflexions que m’a inspirées cette expérience constituant une leçon d’humilité relativisante, philosophante. De la modestie et du relativisme en philosophie, dont le meilleur des exercices est de faire de la critique à tout bout de champ, une critique de la critique anti-israélienne, une critique de l’islamophobie, une critique de BHL en Lybie, journaliste oui mais pas philosophe (se permettre ainsi de décider de la vie et de la mort, au nom d’une idée, rien de plus prétendument moral, et donc amoral ou immoral. Les catastrophes que cette croyance a provoquées dans l’histoire, et en premier lieu la Shoa…)

Enfin j’ai eu cet été deux occasions de m’adonner à mon exercice critique favori, toutes deux dans le domaine du sport: l’euro de football en Ukraine et en Pologne (par ex. le match en quart de finale Grèce-Allemagne et la victoire attendue de l’Alllemagne, la où on pouvait voir une tragédie grecque), et surtout la cérémonie d’ouverture des .J.O. de Londres, saluée par tous mais oû je n’ai vu qu’un kitch « so british », les Anglais n’ayant pu s’empêcher d’être eux-mêmes (Sartre: l’homme est ce qu’il est). Toute cette mise en scène, comme me le rapportait du stade même par sms une amie russo-anglaise, Tatyana S.: « so boring, yu can’t get no satisfaction! »
En effet. on a eu droit à toute l’english mania, toutes générations confondues: son histoire, sa campagne anglaise, ses héros littéraires, de Mary Popins à Harry Potter, ses musiques, Mc Cartney et les autres… Les Chinois de 2008 n’avaient qu’à se tenir tranquilles!

Le Phare

1 comment

Posted on 1st août 2012 by Gunter in Dialogues |Textes

Et l’un qui lape sa soupe à l’oignon en dégustant du concept, et l’autre qui s’embrouille quelque peu entre les affres d’une vie personnelle et l’analyse d’un énoncé, et deux qui engagent une joute sur d’incertaines prémisses, et l’une ou l’un qui soigne au micro les effets de sa voix, et l’un qui nous fait part de son malaise théorique à un moment de la disputation, et l’autre qui dénie le statut de « philosophique » à ce qu’il subit depuis une heure, et un autre qui administre le coup de grâce en décrétant dix minutes avant que ne soit close la réunion que le sujet n’a pas été traité, et un autre encore qui se répand en considérations absconses tout en scandant qu’il faut être concret – et sa péroraison à cet instant est plus que jamais hors de la portée de notre fragile entendement ; et cet autre tellement heureux de ses traits d’esprit, voguant dans le plaisir, et qui rit tout seul face à l’auditoire rigoureusement muet ; et celui-là, animateur indispensable du débat, roi incertain d’un matin, dans le bruit du café, et qui s’évertue louablement à dégager la signification de ce qui vient d’être articulé. Bonne chance !

Mais aussi les souffles de complicité avec telle voisine d’un matin, passagère éphémère dans votre vie, ou bien la référence partagée avec un vieux routier de l’institution ; et tout cela au rythme du personnel dévoué apportant le café noir ou blanchi, puis récupérant les tasses vides en belle prestesse malgré les encombrements de la population « philosophique » distribuée dans le territoire assigné.

Mais aussi le joli moment offert par le subtil poète de service.

Mais enfin la manne qui nourrit quand le phare s’allume au bonheur de la phrase entendue qui alerte, suscitant la mise en doute de nos meilleures certitudes.

Dimanche 6 mai 2012

Jean-François BLAVIN, poète, nouvelliste.

Le tâcheron et le saltimbanque

1 comment

Posted on 29th juillet 2010 by Gunter in Textes

, , ,

J’ai été déconnecté pendant une semaine, d’où mon silence obstiné…

C’est une très, très bonne idée de relire mon article « Le politique aux Phares » ; déjà à l’époque j’avais demandé à mes critiques de me signaler les passages injurieux, agressifs, etc. Aucune réponse.

Cette fois-ci, car les mêmes critiques reprennent, je propose une invitation à prendre un pot ensemble (nous pouvons être plusieurs) à tous ceux qui dénicheront ces passages….

En fait, il ne s’agissait pas du tout de cela mais d’autre chose : j’ai appris à l’époque – je n’avais participé à la création du site – que les animateurs ne devaient pas se critiquer entre eux.

Pour quelle raison ? Sont-ils d’une autre essence que les participants, quel serait l’inconvénient si la critique n’est pas personnelle mais porte sur des idées, des propos émis (y compris par l’animateur) ?

C’est une des raisons pour lesquelles nous avons crée un autre site (philo-paris.com). Les animateurs n’y occupent pas une place à part.

Nous nous critiquons entre nous (nous sommes quatre pour le moment à nous occuper du site), je ne suis pas toujours d’accord avec Carlos et je ne le suis pas non plus avec quelques formules excessives de Crémilde mises sur les deux sites ; mais qui peut être sûr de toujours passer sans difficultés du reflexe à la réflexion ?

Une autre raison de créer un deuxième site était de permettre à Carlos à continuer à écrire ses comptes-rendus, mais comme il retourne souvent dans son pays, ils ne sont pas systématiques. Nous accueillons toutes les bonnes volontés.

Une troisième raison : il n’y a aucun tri préalable, aucune censure autre que la loi française (pas d’apologie du racisme, du crime, pas de diffamation, etc.). Comment faire autrement ? Qui serait juge (neutre, objectif, savant), par exemple, de la pertinence philosophique d’une contribution ? Sommes-nous à l’école ou à l’Université ? Il ne faut pas confondre l’histoire de la philosophie, qui s’enseigne et qui est une expertise, et la philosophie vivante, en acte qui ne s’enseigne pas.

Une dernière raison : nous n’avons pas de ligne éditoriale ou rédactionnelle, c’est très informel, nous ne nous prenons pas tant au sérieux…

Autrement dit, les échanges sur notre site correspondent, à peu près, au « plan d’immanence » (G. Deleuze) ou exprimé par métaphore : nous sommes entrés dans une époque où ce n’est plus le verbe qui doit se faire chair (la vérité descend d’en haut, d’une autorité quelconque, qui peut-être un animateur, un webmaster, un modérateur du site, etc.) mais la chair doit se faire verbe, la vérité doit venir d’en bas (de toutes les contributions).

Il n’y aura que la lucidité, l’intelligence, l’honnêteté, la perspicacité, l’intuition éthique des internautes qui pourront faire le tri. C’est un pari : l’excessif, le vide, le tordu, le non-fondé, le non-pertinent, la décharge pulsionnelle, la crispation narcissique, la manip perverse, etc. s’élimineront d’eux-mêmes, sombreront grâce aux qualités nécessairement supposées des Internautes. Après tout, ce n’est que l’application des Lumières à Internet : chacun doit trier par lui-même – dans le cadre, bien sûr, de la loi française.

La méthode au café philo ! Qu’est-ce qui vaut mieux ? Une méthode fixée d’avance ou celle de Wittgenstein qui compare une question philosophique à la découverte d’une ville dont on ne possède pas le plan : on commence par errer et peu à peu des lignes de force se détachent, une structure émerge qu’il s’agit alors d’approfondir et de vérifier. La méthode en philosophie et en général, est un objet de prédilection de la philosophie. Tout le monde connaît le discours sur la méthode de Descartes ; nous trouvons en face, si on peut dire, Gadamer (père de l’herméneutique) qui  a écrit « Vérité et (en réalité :ou) méthode, Feyerabend (très important philosophe des sciences, « Contre la méthode »), Barthes : « La stérilité menace tout travail qui ne cesse de proclamer sa volonté de méthode » et on pourrait continuer encore longtemps. L’essentiel est ailleurs : il y a deux façons légitimes de philosopher, l’une plutôt « scientifique » et l’autre plutôt « poétique ». Mais tout le monde veut avoir le beau rôle : les philosophes-« poètes » (la philosophie est avant tout une fête et une aventure) traitent les philosophes-« scientifiques » (rigoureux, précis, méthodiques, etc., la philosophie est avant tout un travail) ) de tâcherons et de laborieux et à l’inverse ces derniers traitent les philosophes plutôt d’artistes (la vérité n’est pas l’exactitude, elle est à faire, pas de méthode, même les associations sont bienvenues, ce qui est cherché ce sont des fulgurances plutôt que la construction collective, patiente, etc.) de saltimbanques, de fantaisistes, chaotiques, etc.

Les diagnostics plutôt pessimistes concernant « la philosophie dans la cité » (que j’ai pu lire sur les deux sites) ne sont guère justifiés. Des échanges philosophiques se développent partout (y compris dans les cafés en France et à l’étranger, mais aussi dans un grand nombre d’autres lieux), la réflexion théorique progresse : Un colloque dans le Sud-ouest sur les nouvelles pratiques philosophiques vient de se terminer, thème qui sera repris en novembre prochain lors des 11èmes rencontres à l’UNESCO.

Pour terminer, j’aurais, personnellement, depuis longtemps abandonné l’activité d’animateur d’échanges philo, s’il ne s’agissait que d’échanger des idées. Pour qu’un tel échange soit intéressant(pour moi !) il faut que je puisse écouter non pas les idées isolées du reste, à savoir des émotions, désirs, angoisses, gènes, expériences, « postures existentielles » singulières de chacun, bref, que je puisse entrer en contact avec tout un monde tout un univers ; les pensées coupées de leur sol existentiel me font en effet l’effet d’êtres faméliques, fantomatiques, blafardes, exsangues…

Olivier Rey nous a parlé de « Simone Weil et la science » le 19 juin au Café Léonard. En juin 2009 Olivier Rey à publié dans les « Cahiers Simone Weil » l’article ci-dessous.

1 comment

Posted on 23rd juin 2010 by Cremilde in Divers |Textes

, , ,

Cahiers Simone Weil , tome XXXII, n°2, juin 2009, p. 189-199.


Une science qui aimerait le monde

Olivier Rey

En la personne de Simone Weil, nous n’avons pas affaire à une philosophe qui penserait tantôt la religion, tantôt la « question sociale », tantôt l’art, etc. : chez elle, comme chez peut-être tout philosophe authentique, la pensée met en permanence en jeu le tout de la pensée. Il en résulte que l’attention portée à la science, dont l’œuvre de Simone Weil porte de nombreux témoignages, n’est pas une province séparable de l’ensemble de sa réflexion. Le souci de la science ne cesse, au contraire, d’adhérer à ses préoccupations fondamentales — qu’il s’agisse de concevoir une science participant de la spiritualité, au lieu de combattre celle-ci, ou de déplorer les égarements d’une science moderne complice du malheur de notre temps, du malheur moderne. Ce malheur que Péguy, dans Notre Jeunesse, donnait pour général :

Dans le monde moderne tout le monde souffre du mal moderne. Ceux qui font ceux que ça leur profite sont aussi malheureux, plus malheureux que nous. Tout le monde est malheureux dans le monde moderne[1].

Simone Weil était trop jeune pour approuver : elle n’avait alors, en juillet 1910, que dix-huit mois. Mais plus tard, elle sembla partager ce point de vue — et donnera au mal moderne le nom de déracinement. Au printemps 1941, dans une chronique consacrée à la littérature, elle prit soin en évoquant « le malheur du temps » de donner, comme Péguy, toute son ampleur à ce qu’elle désignait par ces termes :

Par là je n’entends pas seulement la défaite de la France ; le malheur de notre temps s’étend beaucoup plus loin. Il s’étend au monde entier, c’est-à-dire à l’Europe, à l’Amérique, et aux autres continents, pour autant que l’influence occidentale y a pénétré[2].

Indissociable de cette influence occidentale : la science, qui en a été un vecteur déterminant ; qui est devenue, comme Leo Strauss le dira plus tard, la colonne vertébrale de l’Occident. Simone Weil a fait ce constat :

On doute de tout en France, on ne respecte rien ; il y a des gens qui méprisent la religion, la patrie, l’État, les tribunaux, la propriété, l’art, enfin toutes choses ; mais leur mépris s’arrête devant la science. […] Par rapport au prestige de la science il n’y a pas aujourd’hui d’incroyants[3].

Et elle ajoute : « La science, avec la technique qui n’en est que l’application, est notre seul titre à être fiers des Occidentaux, des gens de race blanche, des modernes. » Ce faisant, Simone Weil ne veut pas dire que cette fierté tirée de la science et des techniques est légitime, ou que les Occidentaux ne pourraient pas s’enorgueillir d’autre chose : elle dit que dans les faits, la fierté occidentale — celle, par exemple, qui a présidé au colonialisme, à l’impérialisme militaire, économique, culturel —, a trouvé sa source essentielle dans la science et les techniques qui en sont issues. Le zèle missionnaire comme le combat des anticléricaux ne furent pas, selon elle, indépendants de ce fondement.

Un missionnaire qui persuade un Polynésien d’abandonner ses traditions ancestrales, si poétiques et si belles, sur la création du monde, pour celles de la Genèse, imprégnées d’une poésie très semblable, ce missionnaire puise sa force persuasive dans la conscience qu’il a de sa supériorité d’homme blanc, conscience fondée sur la science. […] Un instituteur de village qui se moque du curé, et dont l’attitude détourne les enfants d’aller à la messe, puise sa force persuasive dans la conscience qu’il a de sa supériorité d’homme moderne sur un dogme moyenâgeux, conscience fondée sur la science[4].

Pour Simone Weil, ce statut de la science moderne est usurpé. Pourquoi ? Un bref recours à Pascal nous aidera à le formuler. Dans l’abrégé placé en tête des Méditations métaphysiques, Descartes a cette expression : « l’esprit, ou l’âme de l’homme (ce que je ne distingue point)… » Indistinction qui fera sursauter Pascal. Pour ce dernier, il n’y a pas deux ordres — le corps et l’esprit —, mais trois : le corps, l’esprit et la charité. C’est au nom de cette distinction, entre l’esprit et la charité, qu’il considérera la condamnation de Galilée par l’Église comme malheureuse, car reposant sur une confusion des ordres. La science nouvelle mobilise l’esprit pour connaître les corps ; la religion, elle, doit être tournée vers la charité, et ne mobiliser l’esprit que dans cette direction. D’un côté, Pascal prône la liberté pour la philosophie naturelle, ainsi qu’on appelait ce qui aujourd’hui porte le nom de science. De l’autre, il n’accordait qu’une valeur minime à cette philosophie :

Descartes — Il faut dire en gros : « Cela se fait par figure et mouvement », car cela est vrai. Mais de dire quels, et composer la machine, cela est ridicule ; car cela est inutile, et incertain, et pénible. Et quand cela serait vrai, nous n’estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine[5].

Simone Weil semble partager, dans une large mesure, ce jugement sur la science telle qu’elle s’est développée en Europe, à partir de la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. Ainsi écrit-elle de la science classique, dans son essai inachevé La science et nous :

L’intérêt en est limité et même faible ; elle est terriblement monotone, et le principe une fois saisi, c’est-à-dire l’analogie entre les événements du monde et la forme la plus simple du travail humain, elle ne peut rien apporter de nouveau, si longtemps qu’elle accumule les découvertes. Ces découvertes ne donnent aucune valeur nouvelle au principe, elles tirent de lui toute leur valeur. Ou s’il prend par elles une plus grande valeur, c’est seulement autant qu’il est réellement saisi par l’esprit d’un homme au moment de la découverte, car l’acte par lequel un esprit se met soudain à lire la nécessité à travers des apparences est toujours admirable. […] En revanche rien n’est si morne, si désertique que l’accumulation des résultats de la science, dans les livres, à l’état de résidu mort. Une accumulation indéfinie d’ouvrages de physique classique n’est pas désirable[6].

Pour Simone Weil, la science moderne accumule des connaissances, mais n’apporte pas de vérités. Pour saisir la distinction très nette que Simone Weil opère entre connaissance et vérité, il est utile de se reporter à la distinction pascalienne entre esprit et âme, ou charité. On pourrait dire que la connaissance se rapporte à l’esprit (au sens de Pascal), la seconde à l’âme. Voici le critère que Simone Weil donne, pour décider si une connaissance a rapport ou non à la vérité.

L’acquisition d’une connaissance fait dans certains cas approcher de la vérité, mais dans d’autres cas n’en approche pas. Comment discerner les cas ? Si un homme surprend la femme qu’il aime et à qui il avait donné toute sa confiance en flagrant délit d’infidélité, il entre en contact brutal avec de la vérité. S’il apprend qu’une femme qu’il ne connaît pas, dont il entend pour la première fois le nom, dans une ville qu’il ne connaît pas davantage, a trompé son mari, cela ne change aucunement sa relation à la vérité. Cet exemple fournit la clef. L’acquisition des connaissances fait approcher de la vérité quand il s’agit de la connaissance de ce qu’on aime, et en aucun autre cas[7].

Or, remarque-t-elle :

Depuis la Renaissance — plus exactement, depuis la deuxième moitié de la Renaissance — la conception même de la science est celle d’une étude dont l’objet est placé hors du bien et du mal, surtout hors du bien, considéré sans aucune relation au bien. La science n’étudie que les faits comme tels, et les mathématiciens eux-mêmes regardent les relations mathématiques comme des faits de l’esprit. Les faits, la force, la matière, isolés, considérés en eux-mêmes, sans relation avec rien d’autre, il n’y a rien là qu’une pensée humaine puisse aimer[8].

Simone Weil semble ici répondre à ce qu’écrivait Poincaré dans un chapitre intitulé « La morale et la science »[9], sur l’homme de science rempli de l’amour de la vérité — « la passion qui l’inspire, c’est l’amour de la vérité… » Pour Simone Weil, les connaissances apportées par la science moderne sont en dehors de la vérité puisque, par principe même, la question morale est évacuée[10]. Horkheimer, dans Éclipse de la raison, a décrit le passage de ce qu’il appelle la raison objective à la raison subjective. Le rôle de la raison objective était de percevoir la véritable nature de la réalité et de déterminer, en conséquence, les principes directeurs d’un existence humaine, afin que celle-ci soit en accord avec l’ordre du monde. La raison subjective est une méthode que l’homme met en œuvre pour parvenir à ses fins. Des fins qui, par ailleurs, se décident en dehors de ladite raison. Tout ce que celle-ci peut faire, c’est mettre en garde et offrir ses services, transformer l’expression brute des passions, qui expose à maints dangers et déceptions, en poursuite avisée de l’intérêt, qui tient compte des contraintes et s’efforce de frayer la meilleure voie à travers ces contraintes. Une dichotomie radicale s’installe entre, d’une part, l’ordre des faits, de l’autre, l’ordre des valeurs — c’est la Is/Ought distinction établie par Hume dans le Traité de la nature humaine, la rupture logique entre les états de faits et les évaluations, les jugements factuel et les jugements moraux.

Simone Weil est toute entière tendue contre cette séparation entre les moyens et les fins. Elle rejette l’indifférence au bien et au mal à laquelle le scientifique moderne s’astreint, au nom de ce que celui-ci appelle la vérité, et qui n’est, au mieux, qu’une connaissance exacte. Cela étant, et il est essentiel de le noter, elle rejette aussi, symétriquement, l’attitude qui, au nom du bien, serait prête à faire le sacrifice de ce qui est.

Dostoïevski a commis le plus affreux blasphème quand il a dit : « Si le Christ n’est pas la vérité, je préfère être hors de la vérité avec le Christ. » Le Christ a dit : « Je suis la vérité. » Il a dit aussi qu’il était du pain, de la boisson ; mais il a dit : « Je suis le pain vrai, la boisson vraie », c’est-à-dire le pain qui est seulement de la vérité, la boisson qui est seulement de la vérité. Il faut le désirer d’abord comme vérité, ensuite seulement comme nourriture[11].

D’un côté, Simone Weil insiste donc sur la nécessité, pour toute pensée qui vaille, de demeurer en permanence habitée par la question morale — parce que « rien n’est si essentiel à la vie humaine, pour tous les hommes et à tous les instants, que le bien et le mal[12] ». C’est précisément parce que la science moderne se situe dans l’indifférence morale qu’elle se condamne au superficiel. Là est peut-être, note-t-elle au passage, la véritable explication de sa singularité dans l’espace et dans le temps :

Rien n’est plus étranger au bien que la science classique. […] On peut peut-être s’expliquer ainsi qu’en aucun temps et aucun lieu, sinon au cours des quatre derniers siècles dans la petite péninsule d’Europe et son prolongement américain, les hommes ne se soient donné la peine d’élaborer une science positive. Ils étaient plus désireux de saisir la complicité secrète de l’univers à l’égard du bien[13].

Simone Weil est aux antipodes de Renan, qui imaginait que science et sagesse allaient de pair. Croire que l’on peut mettre le bien et le mal entre parenthèses, le temps d’acquérir des connaissances que l’on fera ensuite servir au bien, est une erreur : ce que l’on aura appris, c’est l’indifférence morale, l’insensibilité aux questions fondamentales, l’inattention à ce qui importe vraiment. On ne peut s’empêcher de faire ici le rapprochement entre les propos de Simone Weil et ce que Husserl, homme de style pourtant très différent, écrivait à la même époque de la science :

Dans la détresse de notre vie — c’est ce que nous entendons partout — cette science n’a rien à nous dire. Les questions qu’elle exclut par principe sont précisément les questions qui sont les plus brûlantes à notre époque malheureuse pour une humanité abandonnée aux bouleversements du destin[14].

Plus loin :

Le concept positiviste de la science à notre époque est […], historiquement considéré, un concept résiduel. Il a laissé tomber toutes les questions que l’on avait incluses dans le concept de métaphysique, […] et parmi elles toutes ces questions que l’on appelle avec assez d’obscurité les questions « ultimes et les plus hautes[15].

D’un autre côté, aussi critique Simone Weil soit-elle avec la science moderne, elle ne rejette nullement, comme nombre de gens de lettres sont tentés de le faire, la science en tant que telle. Elle ne formule ses reproches que dans la mesure où elle imagine une autre science, qui ne serait pas seulement source de connaissance, mais de vérités. « La science enfle, l’amour édifie », disait saint Paul dans la première épître aux Corinthiens : Simone Weil pense, pour sa part, que la science peut édifier. À quelle condition ?

L’esprit de vérité peut résider dans la science à la condition que le mobile du savant soit l’amour de l’objet qui est la matière de son étude. Cet objet, c’est l’univers dans lequel nous vivons. Que peut-on aimer en lui, sinon sa beauté ? La vraie définition de la science, c’est qu’elle est l’étude de la beauté du monde[16].

En regard de la science moderne, Simone Weil fait l’apologie de la science grecque. Et on comprend pourquoi : la science grecque était la science d’un cosmos. C’est-à-dire, conformément au sens premier du mot cosmos, d’un tout harmonieux. Au sein d’un cosmos, par définition pourrait-on dire, faits et valeurs sont indissociables. (C’est en ce sens que Rémi Brague a pu parler, pour les Anciens, de « cosmos éthique » et d’« éthique cosmologique » : le ciel étoilé au-dessus de la tête et la loi morale dans le cœur ne sont pas alors simplement juxtaposés, comme dans la formule kantienne, mais constitutivement liés[17].) C’est parce que le monde des anciens Grecs était un cosmos que, comme le note justement Simone Weil, « au lieu du rapport entre le désir et les conditions de l’accomplissement la science grecque a pour objet le rapport entre l’ordre et les conditions de l’ordre[18] ».

De même que la science classique est essentiellement parente de la technique, de même la science grecque, quoique aussi rigoureuse ou plutôt davantage, quoique non moins appliquée à saisir partout des nécessités, est essentiellement parente de l’art et surtout de l’art grec.

La science grecque considère les mêmes conditions que la science classique, mais elle a égard à une aspiration tout autre, l’aspiration à contempler dans les apparences sensibles une image du bien[19].

On pourrait, ici, mettre en cause l’amalgame entre beau et bien. À ceci près que cet amalgame était courant dans la Grèce à laquelle Simone Weil se réfère. On pourrait aussi critiquer le lien entre beauté et vérité — Nietzsche n’a-t-il pas fait l’apologie de la beauté mensongère ? Il se pourrait, cependant, que ce qui importe le plus dans la beauté ne soit autre que la part de vérité que nécessairement elle comporte. Comme le dit Proust dans Contre Sainte-Beuve : « Il n’y a pas à proprement parler de beauté tout à fait mensongère, car le plaisir esthétique est précisément celui qui accompagne la découverte d’une vérité. » C’est la faculté à éprouver ensemble le bien, le beau et la vérité que Simone Weil célèbre chez les Grecs :

Hommes heureux, en qui l’amour, l’art et la science n’étaient que trois aspects à peine différents du même mouvement de l’âme vers le bien[20].

Elle ajoute : « Nous sommes misérables à côté d’eux. » Ce qui est bien possible. Et encore : « Pourtant ce qui fait leur grandeur est à portée de notre main. » Est-ce le cas ? La grandeur grecque, telle que Simone Weil l’entend, est-elle vraiment à portée de notre main ?

Nous nous heurtons, avec cette interrogation, à une question générale concernant la pensée de Simone Weil. Celle-ci n’ignore pas l’histoire, loin de là. Mais dans cette histoire, elle voit moins un processus qu’une succession, au sein de laquelle elle repère les manifestations d’un esprit indépendant du temps. De là ses rapprochements à travers les siècles et les cultures, entre Platon, les Védas, le Christ, ou entre les esprits purs qu’elle identifie à travers le temps[21]. De là, aussi, son marcionisme : Simone Weil rejette l’Ancien Testament, parce qu’elle n’y reconnaît pas la marque de l’Esprit saint. Mais pourquoi le Christ s’est-il manifesté à un moment particulier de l’histoire ? On ne peut le concevoir si on ne tient pas compte du chemin qui demandait à être préalablement parcouru pour que le Christ advienne. Chemin qui, dans sa nécessité, fait partie de la vérité.

Simone Weil adopte, vis-à-vis de la science, une attitude de même ordre : il ne s’agit plus, en l’occurrence, d’avoir le Nouveau Testament sans l’Ancien, mais la science grecque malgré ce qui advenu depuis. Or, est-ce possible ? On connaît les thèses de Thomas Kuhn, décrivant les révolutions scientifiques comme des changements de paradigmes qui rendent, une fois effectués, impossible l’accès à un état antérieur de la science : les anciens paradigmes, à l’aide desquels on devrait penser le monde, sont nécessairement interprétés à la lumière des nouveaux. Affirmation contestable au sein de la science moderne, où il ne semble pas que les révolutions relativiste et quantique aient interdit de penser dans un cadre newtonien. Il n’y aurait, finalement, qu’une seule révolution pour laquelle la thèse de Kuhn s’appliquerait vraiment : la super-révolution scientifique qui a consacré le passage de la science aristotélicienne à la science moderne[22]. Retrouver Aristote, ou renouer authentiquement avec telle ou telle expression de la science grecque, voilà qui n’est plus guère à notre portée. On dira que Simone Weil, elle, y parvient : peut-être. Mais sa position sera alors reçue non comme exprimant la vérité du monde, mais la façon dont elle, Simone Weil, appréhende le monde. Autrement dit, la façon qu’elle a de revendiquer une raison objective sera interprétée comme une manifestation de la raison subjective.

Remarquons toutefois qu’après la révolution moderne, d’autres révolutions peuvent survenir, et il n’est pas dit que le cadre de pensée de la science moderne soit définitif. L’une des raisons amenant une mutation serait l’épuisement du projet scientifique moderne, son incapacité à éclairer le monde comme il en avait l’ambition. D’une part, comme l’a souligné Simone Weil, par la mise à l’écart de la question humaine essentielle, celle du bien et du mal ; d’autre part, par un phénomène que Renan, en son temps, avait déjà perçu :

Un grand danger vient de l’accumulation indéfinie des données de la science dans le champ limité de l’esprit. Il est à craindre que le cerveau humain ne s’écrase sous son propre poids, et qu’il ne vienne un moment où son progrès même ne soit sa décadence[23].

Simone Weil a elle aussi identifié cette difficulté quand, à propos de la science contemporaine, elle écrivait : « Les clartés, en s’accumulant, font figure d’énigmes, à la manière d’un verre trop épais qui cesse d’être transparent[24]. » Mais au contraire de Renan, elle ne s’en alarmait pas. Elle y voyait plutôt un symptôme révélateur des insuffisances fondamentales de l’approche moderne, une invitation à changer la forme du savoir[25], une occasion de dissiper un malentendu : celui qui a installé en position dominante des disciplines — science, mais aussi littérature — impropres en elle-même à féconder la vie spirituelle et à orienter les hommes dans la vie. Pour autant, elle hésitait à se féliciter :

Aujourd’hui plusieurs signes semblent indiquer que dès maintenant cette usurpation des écrivains et des savants a pris fin, bien que les apparences se prolongent. Il faudrait s’en réjouir, s’il n’y avait lieu de craindre qu’ils ne soient remplacés par bien pire qu’eux[26].

Telle est bien là, aujourd’hui, notre position inconfortable : ou bien perpétuer des formes auxquelles, au fond, nous ne tenons guère, ou bien les abandonner, au risque de hâter une déchéance plutôt que de servir une renaissance.


[1] Œuvres en prose complètes, 3 vol., Gallimard, coll. Pléiade, 1992, t. III, p. 132.

[2] « Lettre aux Cahiers du Sud sur les responsabilités de la littérature », in Œuvres complètes, 16 vol., Gallimard, t. IV, vol. 1 « Écrits de Marseille », 2008, p. 69.

[3] L’Enracinement, in Œuvres, Gallimard, coll. Quarto, 1999, p. 1176.

[4] Ibid.

[5] Pensées (Brunschvicg II 79).

[6] La science et nous, in OC IV.1, op. cit., p. 147.

[7] L’Enracinement, op. cit., p. 1186 (souligné par nous).

[8] Ibid., p. 1187 (souligné par nous).

[9] Ultime chapitre de Dernières pensées [1913].

[10] Non seulement, faut-il le remarquer, pour les sciences de la nature mais même, sur ce modèle, dans les sciences humaines, avec la revendication d’un discours axiologiquement neutre, séparant radicalement les faits des jugements de valeurs portés sur ces mêmes faits (les faits en question pouvant éventuellement être, dans les sciences humaines, des jugements de valeurs pris pour objets). À titre d’exemple, cet extrait des Éléments d’économie pure de Walras, publiés en 1874 (3e leçon, §21), qui traite de l’« utilité » : « Il n’y a pas […] à tenir compte ici de la moralité ou de l’immoralité du besoin auquel répond la chose utile et qu’elle permet de satisfaire. Qu’une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade, ou par un assassin pour empoisonner sa famille, c’est une question très importante à d’autres points de vue mais tout à fait indifférente au nôtre. La substance est utile pour nous, dans les deux cas, et peut-être plus dans le second que dans le premier. »

[11] L’Enracinement, op. cit., p. 1183.

[12] « Lettre aux Cahiers du Sud sur les responsabilités de la littérature », in OC IV.1, op. cit., p. 72.

[13] « La science et nous », in OC IV.1, op. cit., p. 148.

[14] La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Gallimard, coll. Tel, 1976, p. 10. Le manuscrit du texte allemand, publié en 1954, date des années 1935-1936. Les deux premières parties avaient été publiées en 1936 dans la revue Philosophia à Belgrade.

[15] Ibid., p. 13.

[16] L’Enracinement, op. cit., p. 1191.

[17] Voir La Sagesse du monde, Le livre de poche, coll. biblio essais, 2002.

[18] « La science et nous », in OC IV.1, op. cit., p. 155.

[19] Ibid., p. 151 et 157.

[20] Ibid., p. 152.

[21] Voir par exemple L’Enracinement, op. cit., p. 1174-1175.

[22] Voir Thomas S. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, Flammarion, 1983, et sa critique par Steven Weinberg, in La Recherche n° 318, mars 1999.

[23] Dialogues philosophiques, CNRS Éditions, 1992, p. 117.

[24] Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, in Œuvres, op. cit., p. 335.

[25] Voir les propos cités plus haut sur la science moderne (« L’intérêt en est limité et même faible… Une accumulation indéfinie d’ouvrages de physique classique n’est pas désirable »), et cet autre : « Repenser la science : tâche formidable, autrement intéressante que de la continuer » (OC VI.1, 1994, p. 180).

[26] « Morale et littérature », in OC IV.1, op. cit., p. 95.

«Il vaut mieux se perdre dans la passion plutôt que perdre la passion». (St. Augustin) -Café philo du 20 avril 2010 au Toc-Tocques, organisé par Accord Philo-

0 comments

Posted on 3rd mai 2010 by Cremilde in Divers |Textes

,

St. Augustin (354 – 430) était adepte du manichéisme (Le Bien, l’esprit, s’oppose de façon absolue au Mal, la matière) avant de se convertir au christianisme ; il est intéressant de noter que beaucoup de saints étaient dans leur jeunesse plutôt des jouisseurs invétérés. Ce passage d’un extrême à l’autre (du libertinage à la pureté) donne à réfléchir…

St. Augustin, l’un des plus influents pères de l’Eglise, est l’ »inventeur » du péché originel et LE théoricien de la toute-puissance de la grâce, et à ce titre le précurseur, entre autres, du jansénisme (voire de Luther).

Par ailleurs, c’est l’inventeur du café philo ! En effet, pendant plusieurs mois, il animait des échanges philo avec des membres de sa famille et des amis dans une petite bourgade italienne.

Que voulait dire St. Augustin par cette phrase ? Sûrement pas que n’importe quelle passion serait précieuse, à sauver à tout prix. Il a certainement  visé la seule passion valable à ses yeux : l’amour et plus précisément l’amour du Christ qui a même donné sa vie pour elle (sa Passion). Mais nous ne nous sommes pas laissés enfermer dans une explication de texte, le café philo n’ayant pas les mêmes objectifs qu’un séminaire universitaire…

A première vue, la phrase « Il vaut mieux… » fait penser à un « double bind » ou double lien tel que théorisé par l’école de Palo Alto : quelque soit la réponse ou la réaction, elle est mauvaise. Autrement dit, on tombe de Charybde en Scylla, il faut choisir entre la peste et le choléra. Voyons d’un peu plus près les deux branches de l’alternative apparemment funeste:

I)  « Se perdre dans la passion » :

N’y a-t-il pas grand risque, pour quelqu’un qui se perd dans sa passion, de tomber dans la folie ou d’être tenté par le suicide ?

Je pense, entre autres, au film « Cet obscur objet du désir » de Buñuel, d’après le roman de Pierre Louÿs. C’est l’histoire d’une femme fatale qui amène à la ruine physique et psychique un homme perdu dans sa passion, aussi à un autre : « Passion d’amour » d’Ettore Scola sur le même sujet…

Des passions fatales, proches des addictions, peuvent porter sur un nombre infini d’objets et les crimes passionnels ne plaident pas non plus en faveur de la phrase de St. Augustin – si elle est extrapolée au-delà de l’amour (ou d’autres passions « positives » : de recherche, de connaissance, et encore…)

La catégorisation des passions varient énormément selon les auteurs et elles étaient connotées plutôt négativement chez les Grecs dont l’idéal dominant était la fameuse ataraxie, l’absence de passions/émotions fortes. Kant, également plutôt hostile aux passions, en énumère trois : « Ehrsucht » (ambition), « Habsucht » (cupidité), « Herrschsucht » (soif de pouvoir)…

II) « Perdre la (sa) passion » :

L’autre alternative proposée ne semble guère plus favorable : perdre son énergie vitale, son « feu sacré », devenir « normopathe », à savoir se contenter de fonctionner comme une machine, comme un robot. En psychiatrie on a repéré la « pensée opératoire » dont sont atteints les sujets qui ne peuvent plus symboliser, imaginer, fantasmer. Par ailleurs, la plainte la plus fréquente entendue aujourd’hui dans les consultations psy n’est plus celle des temps de Freud : « Docteur, j’ai trop de pulsions, je n’arrive pas (ou mal) à les maîtriser, mais « Docteur, je ne sens plus rien ». Les psychiatres américains nomment cette pathologie (manque d’énergie, de désir, de passion) : LSD (lack of sexual desire).

Au Japon les nommés « herbivores », jeunes gens végétariens, s’abstiennent de toute relation sexuelle, trop compliquée, trop fatigante…

Hölderlin (bien avant Nietzsche) était conscient de la transformation anthropologique en cours : « Ce qui coutait aux Grecs, c’était de s’élever au-dessus d’une existence terre à terre [d’où l’idéal de l’ataraxie, d’absence de passions, G.G.]. Ce qui nous coûte [à nous, les modernes], c’est de revenir au monde d’ici-bas [retrouver les passions, retrouver notre noyau sauvage, nous « dé-domestiquer », à l’opposé de l’idéal de l’ataraxie, G.G.] ».

Réflexion faite, il vaut mieux se perdre dans la passion que de la perdre ; il vaut mieux être » fou » que robot.

Pourquoi ?

Parce qu’on en guérit plus facilement, il me semble plus facile de structurer une énergie (« folle », chaotique) que d’ »exhumer », ressusciter une énergie vitale « morte », asséchée, pétrifiée.

La difficulté majeure du sujet tient à la polysémie du mot « passion ».

D’une part, la passion (en tant que passivité) est opposée à l’action, et d’un autre elle correspond à un affect explosif, à une énergie psychique nucléaire, le contraire d’une passivité !

Elle s’oppose également à la raison et à la volonté, et Albert O. Hirschmann (in Passions et intérêts) oppose passion et intérêt et explique la substitution de l’une par l’autre à partir de 17ème siècle par la peur des guerres de religion terribles, produites par les passions de la foi. Montesquieu, entre beaucoup d’autres, a vanté  le « doux commerce » et le libre jeu des intérêts par rapport aux passions forcément guerrières. C’est cela que l’on veut nous faire croire encore aujourd’hui.

Sans remonter au nazisme (les juifs et autres même pas sous-hommes, mais choses étaient traités comme des pièces à traiter, sans passion ni haine, mais à éliminer non pas avec passion, c. à. d. sauvagement, mais efficacement, dans des usines de la mort), ne parle-t-on pas aujourd’hui de « frappes chirurgicales » (l’adversaire est une sorte de tumeur à éradiquer) et Bush junior n’a-t-il pas répété à satiété qu’en Iraq « the job must be done » ?

Tuer en tant que métier fait penser au fameux livre de Robert Merle La mort est mon métier qui raconte la biographie de Rudolf Höss (alias Rudolf Lang, la biographie est romancée, tout en étant véridique), directeur du camp d’Auschwitz ; Höss/Lang est soumis à des quotas : il doit être plus efficace et traiter 500.000 « pièces » par an au lieu des ridicules 80.000 de Treblinka. (cf. Wikipeda). Pour être efficace ne faut-il pas faire taire ses passions ?

En conclusion : à mon avis, l’esprit du temps est plutôt hostile à la passion – à ne pas confondre avec le zapping entre innombrables envies stimulées par la pub -, il craint davantage la violence inhérente à toute passion véritable que la prévisibilité de l’homo economicus calculateur de ses intérêts, bref sa robotisation…

Pour finir, trois citations :

« Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit » (de la Rochefoucauld)

« La raison sans passion n’est qu’un roi sans sujet » (Diderot)

« Notre siècle est un siècle d’excitation, et c’est pourquoi il n’est pas un siècle de passion ; s’il ne cesse de s’échauffer, c’est parce qu’il sent bien que la chaleur lui manque ; au fond, le froid est à la glace. » (Nietzsche).

Gunter Gorhan

Point de vue de Christian Godin sur les cafés philo…

1 comment

Posted on 2nd avril 2010 by Cremilde in Textes

, ,

« N’importe quelle interrogation, même naïve, n’importe quelle réponse, même naïve, surtout naïve, peut avoir un sens, une dimension philosophique…Que les gens philosophent dans les cafés philo, cela ne signifie pas qu’ils soient des philosophes comme Descartes, mais cela signifie qu’ils sont capables de se poser les mêmes questions que lui » (in « Philos », n°67, novembre 2003, page 4).