Débat du 20 Juin 2010 : « La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée? », animé par Gunter Gorhan.

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Posted on 23rd juin 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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« La recherche de la Vérité peut-elle être désintéressée ? »

Gros de singuliers imprévus, dont le plus cocasse fut la mutinerie du onze tricolore au Mondial de foot, le troisième dimanche de Juin, le 20, a été par décision du collectif des animateurs du Café des Phares le théâtre d’une mise en scène du sujet du BAC « La recherche de la vérité peut-elle être désintéressée ? » que Gunter Gorhan a dirigée. Lorsque les candidats involontaires à une telle purge se penchent sur leur feuille blanche, ils peuvent aisément éluder le problème à l’aide de l’académique « thèse, antithèse, synthèse » ; s’ils avaient à se la partager de vive voix, le micro sous le menton à tour de rôle comme nous, ils auraient sûrement du mal à ériger un autel à la gloire d’une Vérité dépourvue d’intérêt, comme l’a priori de l’hypothèse le laisse supputer.

La logique d’un jugement est intimement dépendante de l’accord (ou le désaccord) avec la réalité et on parlera de vérité formelle si, malgré leur fausseté, il y a une cohérence entre les prémisses et la conclusion du syllogisme ou de vérité matérielle si les propositions sont vraies mais le raisonnement erroné. L’étrangeté des choses réside dans leur truisme qui résiste à toute interprétation toutefois, alors qu’elles s’en balancent, la feinte philosophique prétendant trouver des sens cachés dans la réserve des possibles, ressemble à un simple jeu de bonneteau, c’est-à-dire, à une suite d’adroits tâtonnements. De son côté, l’humanité résultant jusqu’au malaise des convulsions de la raison (un oracle sans cesse consulté par les antilogies les plus enfumées s’exprimant au moyen d’ambiguïtés et d’équivoques), seulement armée des ruses et finasseries du mensonge elle est en mesure de répondre aux menées de la nécessité qui, secouant leur entendement, asservit toute l’essence et le commerce des Hommes. Pourquoi la rechercher, si l’être n’occulte rien et ne fait que répéter à tout instant ce que l’on dit de la réalité des phénomènes d’où le discours émane, selon l’expérience qu’il en a ?

Instruits donc que dans la nature tout est artifice et subterfuge, parce qu’un monde de vérité est aussi invivable qu’un camp de concentration éclairé en permanence, jour et nuit, et sachant que les humains possèdent un cerveau constitué à la connaissance de ce qui est et nullement de ce qui doit être, nous avions intérêt à savoir ce qu’est le vrai avant de le rechercher, pour ne pas le faire en vain. Moult suggestions furent alors proposées comme réponse à l’impertinente question, la première étant « de savoir s’il s’agissait d’un grand ou d’un petit V », suivie du présupposé que « le bonheur concerne tout le monde à l’inverse de la vérité », et tandis qu’une intervenante « sentait inintéressante la question de l’intérêt », il fut « lié à ‘l’amour qu’on lui porte’, selon l’expression d’Olivier Rey », ainsi « qu’à l’action, dans tous les cas », alors que d’autres « la liaient à la liberté de l’Homme » ou « à son degré de scepticisme ». Quelqu’un rappela « l’inutilité de la chercher car elle nous ‘pète à la gueule’ » et une autre participante annonça que « Badiou prêchait en somme la révolution ou l’amour », déclaration suivie de « la nécessité d’une recherche de transcendance » rebondissant sur « Nietzsche et sa volonté de vérité » et du « rapprochement du mythe du vrai lié aux tribunaux et à l’inquisition, voire à l’aveu ». Malgré la « différence entre vérité, véracité et exactitude » comme de « la vérité transcendantale et l’empirique », un doute s’installa « à propos de l’existence du désintérêt et de la vérité en soi » et des « mêmes au niveau de l’Etat au temps de l’indécence », allant jusqu’au « ‘God’s case’ ou la responsabilité de Dieu ».

De leur côté, Hegel dit que « Le vrai est le tout », Adorno soutient que « Le tout est le non-vrai ». A quel saint se fier ? Peu scrupuleuse, la raison se laisse instrumentaliser par le désir et sa façon de procéder dévoile une volonté de prendre pour vraie la sournoise conviction de vérité. Au moyen d’une hasardeuse accumulation d’erreurs dans nos conceptions de temps et d’espace, elle tire de la nature les lois auxquelles elle présume que les êtres sont contraints, alors qu’il ne s’agit que d’une figuration, la lecture qu’elle se fait de l’idée de naturel. Passé simple et futur antérieur dépassent nos vies dont il ne reste que le présent de la reproduction, payé au prix d’une sénescence accrue, la disparition d’un univers mental, une pélagique béance, pour ne pas dire un inévitable néant qui ne désigne goutte.

Pourtant, à l’aube de la civilisation, faisant précéder « le voile » d’un « a » privatif, Protagoras s’est fait remarquer, sortant de sa besace le mot « Άλήθεια » [a-lêtheia], la vérité, déduite du dévoilement. La vérité serait-elle un voile sous lequel se glisse le réel suggérant un troublant irréel ? De par sa version latine, « véritas », sa souche dans la plupart des idiomes modernes, le terme a aussi, en raison de son cousinage hébraïque, grec et russe, une connotation juridique, voir théologique, désignant le bien fondé de la règle qui « verrouille, conserve, garde une institution légitime », prudence tactique qui aboutit à un cul-de-sac dénommé « libre arbitre », simple orifice d’évacuation de l’intention par où transite le passage à l’acte.

Parce que le sens est caché, que tout est mensonge et qu’on n’a pas besoin de tout savoir malgré le statut particulier de vertu dont on charge le terme, je m’accommode facilement du fait de ne pas saisir l’essence de l’existence et, à l’instar de Fernando Pessoa qu’écrit « Je crois à la vérité du mensonge que j’ai construit », j’avoue que la vérité n’est pas mon dada et je n’y vois que le désir luciférien d’atteindre une futile perfection. Nous tenons toujours à être crédibles même en mentant et chaque bobard est d’autant plus plausible qu’il est invraisemblable. Faire croire au faux c’est un art. Tout le monde ignore, car il faut ignorer et, qu’elle soit mensonge ou vérité, l’audace de la parole, arrangée à la convenance de chacun, est un geste critique qui éclaire le discours pour qu’il devienne intelligible. La vérité est hors propos ; elle n’est pas bonne à dire et n’a rien d’autre à faire qu’à apparaître, à s’approcher le plus possible du sujet sans portée pratique sur l’intrusion des Hommes dans le cours des choses et le poids de leurs structures.

Dans le registre de l’éthique, le mensonge est un acte discursif qui, mettant en jeu la croyance de son interlocuteur, fait un usage volontaire du faux, alors que l’inquiétant ennui de la vérité est chose de prophètes et aussi le soleil des hypocrites qui se saladent les uns les autres. Sans le mensonge un petit enfant ne peut pas survivre et a du mal à aller à l’autre bout de lui-même, l’évasion dans le jeu de cache-cache où l’on ne capte rien au vrai. Afin de sauver la mise, entre le logique et l’ontologique, nous passons des années et des années à renarder au long de la vie ; pour l’authenticité il ne reste qu’une minute, celle de la mort, le moment de vérité d’où nous ne nous réveillerons jamais. Au croisement du désir et de la morale, la tranquille audace du mensonge est le refus de cet inévitable point final, une fuite dans la spirale d’un irrationnel nombre d’or ou la vertigineuse étendue des constellations.

Sortant du cabinet médical, un patient voulu se certifier en vain de ce que lui avait dit son médecin à ce propos et est retourné le voir.

- Excusez-moi Docteur, demanda-t-il, mais vous m’avez parlé de Capricorne ou de Balance ?

- De Cancer ! Cancer !

Carlos Gravito 

Débat du 30 Mai 2010 : « L’ennemi est bête; il croit que c’est moi l’ennemi, alors que c’est lui! », animé par Daniel Ramirez

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Posted on 31st mai 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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« L’ennemi est bête ; il croit que c’est moi l’ennemi, alors que c’est lui ! »

Le 30 Mai, tandis que les Mamans étaient à la Fête et qu’à La Charité sur Loire se déroulait le VIème Festival du Mot, au Café des Phares, comme d’habitude, on a procédé au traditionnel show hebdomadaire de l’éloquence, centré cette fois sur une boutade du regretté Pierre Desproges : « L’ennemi est bête ; il croit que c’est moi l’ennemi, alors que c’est lui ! », que Daniel Ramirez a choisi et animé comme sujet de réflexion philosophique du jour.

Que vient y faire la bêtise si les animaux ne sont pas en mesure d’être bêtes au point de s’exécrer jusqu’à réduire leurs congénères à l’insignifiance ? Juste pour valider l’antagonisme sensé/insensé ? Concédons que l’imbécile est borné mais, il est prouvé aussi que la bêtise est sans limites et qu’elle n’épargne personne ; c’est donc une crasse ânerie de faire croire que c’est l’autre qui est sot s’il s’agit d’un ennemi.

Mais c’est de l’humour !!!

Ah, voyons ! « La phrase se rapporte aux questions que l’on se pose, pour des tas de raisons », élucida l’auteur du thème à débattre, ce à quoi quelqu’un a ajouté qu’il « s’agissait d’un problème de logique dont il fallait résoudre la contradiction », un autre qu’« ‘ennemi’ ne caractérise pas des personnes mais leurs relations », l’animateur y ajoutant le fait que « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

La première polémique surgit lorsqu’il a été question d’étymologie, « l’âme » se trouvant au centre d’une controverse qui, pour les uns était affectée par le préfixe « ‘en/in’ qui la niait faisant du sujet un ennemi », pour d’autres « un adversaire (‘ad –vers’), qui prive autrui de son âme, pour lui nuire », « une névrose du pouvoir » reposant sur « une subtilité logique ‘de l’alter ego’ qui explique pourquoi on ne s’entend pas ». Attribuée à François Mitterrand, surgit alors la prière de Guillaume d’Orange « mon Dieu, gardez-moi de mes amis ; de mes ennemis, je m’en charge », ainsi que « la projection  sur l’autre de toute sorte de phantasmes » et de « l’ennemi qui n’est ennemi que de lui-même, la guerre n’étant que la continuation de la politique par des moyens différents », alors que « du point de vue psychanalytique il n’y a pas de problème ; juste un jeu de miroirs que Freud appelle la paranoïa », le tout suivi de « ‘l’opinion favorable’ de Hegel à ‘une bonne guerre’ », au sujet de laquelle « la pensée chinoise a posé des bases ludiques, comme le jeu de ‘go’ et du ‘judo’, ou le détournement de la force de l’adversaire pour s’opposer à lui », et dans les démocraties actuelles « le besoin d’un ennemi afin de renforcer sa propre cohésion et identité », jusqu’au crucial : « quel est l’ennemi de la pensée ? ».

Vint ensuite « la phase paranoïde par laquelle passe chaque humain, chez lequel l’amour côtoie la haine », « le regard qui désigne l’ennemi », « la part du mystère dans un tel antagonisme », « la guerre civile d’Espagne et son cortège d’inimitiés », « le lion qui veut manger la gazelle », et le « je suis bête si j’ignore être mon pire ennemi », « l’enfer c’est les autres », « la compétition pour des avantages au lieu de se partager les biens » ainsi que « l’hospitalité », plus la question du criminologiste « à qui profite le crime ».

Beaucoup d’effervescence verbale pour rien. D’un modique constat d’idiotie dont les affects débordent, nous sommes passés à la guerre ouverte, un domaine de l’incertitude que Clausewitz compara à un simple jeu de cartes. A partir d’une pure auto-accusation de cour d’école basée sur « c’est lui qui dit qui est », nous nous sommes appesantis sur une élémentaire règle de trois dénouée de sens car il lui manque l’inconnue ; une tautologie qui ferait braire de bon cœur l’âne auquel le muletier répéterait une pareille fadaise. La dénonciation de la bêtise n’empêche pas de s’y fourrer serinant la même rengaine ; s’y enfoncer consciemment est un luxe, sinon une volupté, et de ce point de vue nous fûmes gâtés passant quatre-vingt-dix minutes à l’expérimenter. Et pourtant, si la sottise nous empêche de comprendre, la stupidité, elle entend de travers. C’est clair que l’on ne combat pas son ennemi en priant pour sa santé et que si le chat vit en harmonie avec la souris il n’y a pas de fromage qui tienne mais, qu’est-ce que l’« Ennemi » ? Le temps, comme le suggère Baudelaire dans le plus beau poème des Fleurs du Mal ? Ou le soleil, ou l’alcool, ou le tabac, ou le chômage, ou la connerie, ou le Malin ? « L’Homme qui n’a pas d’ennemis est un bourricot », affirme un proverbe Kabyle, mettant l’accent sur le côté funeste de la passivité et soutenant que, pour être responsable, on doit faire face affrontant le regard de l’autre en le dévisageant.

Soyons honnêtes. Le noyau de la plupart de ce qui a été écrit ou dit sur la chose philosophique n’est pas faux mais peut néanmoins se trouver dépourvu de sens, ce qui n’est pertinent que pour celui qui le reconnaît. Dans le domaine métaphysique, Occam nous a mis en garde contre l’utilisation sans nécessité de différentes entités, et Kant, à l’aide du même type de rasoir, nous a avertis de l’inconvénient d’accorder des principes moraux à ce qui n’en requiert pas. Or, nous avons donné corps au ridicule, voulant prêter un sens au non-sens propre du comique, le sel et le poivre de nos modes de communication. L’humour se caractérise par un double jeu, un double langage que peut-être les philosophes, ayant les solutions de tout par-devers soi, ont du mal à discerner, mais puisque l’on n’a pas fini de dégoiser sur « la bêtise de l’ennemi », je ne résiste pas à rendre public un conseil tactiquement misanthropique glané dans un « Manuel d’instruction militaire » :

Q :- Que faire lorsqu’un soldat Belge vous envoie une grenade ?

R :- La dégoupiller et la lui renvoyer.

Carlos Gravito

Débat du 23 Mai 2010 : « Si tu me cherches, tu te trouves », animé par Gunter Gorhan

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Posted on 26th mai 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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« Si tu me cherches, tu te trouves »

Le Dimanche 23 Mai, les parisiens avaient, pour se distraire, une féerie de Langues de Feu à Notre Dame, la Finale du Cinéma à la télé, le Tournis des balles jaunes à Roland Garros, et même la bucolique présence de la Campagne sur les Champs Elysées à l’initiative du Syndicat des Jeunes Agriculteurs, les Jardiniers de la France. Comme d’habitude, beaucoup ont plutôt choisi la confrontation des idées au Café des Phares, où un hostile défi les attendait : « Si tu me cherches, tu te trouves », habile autant que sophistiqué détournement en « tu me casses les bombons », du trivial quolibet bien connu de tous les matamores et qui veut dire au fond, « lâche-moi la grappe ».

J’ai pensé au Swann de Proust parcourant sottement Paris à la recherche d’Odette de Crécy, bien qu’il n’eut que peu d’attrait pour elle ; j’ai songé au « Portrait de Dorian Gray » (Oscar Wilde) lacéré  par le beau jeune homme déçu de ce qu’il trouva à la fin de sa vie, et aussi à « La peau de chagrin » (Balzac) symbole de l’espérance de vie de Raphaël Valentin, ainsi qu’à « La Chute » (Camus) où Jean-Baptiste Clamence se découvrit confronté à des souvenirs insoutenables, mais l’idée était plus prosaïque que ça ; il s’agissait « d’une critique du culte de la personnalité qui est toujours présente lors de nos prises de position », qui a renvoyé à Pascal et à sa « Métaphysique » (« vous ne me chercheriez pas si vous ne m’aviez pas déjà trouvé ») ainsi qu’à Picasso, voire Heidegger ou Socrate, qui ont dit la même chose, pour passer à l’égotique « si tu te cherches, tu me trouves », sans oublier le « ‘je est un autre’, de Rimbaud, si plein de bon sens ». D’aucuns y ont décelé « la découverte d’un espace de liberté », « l’individuation », « l’irruption dans ce que je ne suis pas », « une plasticité qui renvoie au ‘on va tout changer (de 68) pour essayer de se changer soi-même’ » à l’inverse « des bouddhistes qui préconisent ‘l’arrêt de la pensée au bénéfice de la méditation’, dans la résolution de l’impasse ‘chercher/trouver’, un défi à la logique qui tâtonne autour du concept », et même « l’effet miroir de la relation amoureuse », tandis que d’autres ont perçu « une relation ‘immanence/transcendance’ dont la démarche demande la connaissance de soi », dès que « parcourant un livre, il m’arrive d’être envahie par le sentiment d’avoir écrit moi-même ce que j’ai sous les yeux », que « l’autre est un mystère où l’on ne comprend rien ; il est insondable et, Dieu étant mort, vive la psychanalyse », sans préjuger d’autres truismes tels que : « celui qui supprime son humanité se trouve bestial », et «  la ‘trouvaille’ ne se cherche pas ».

L’art a été aussi de la partie, « l’artiste étant toujours dans un espace de lisibilité qui lui permet d’avoir en permanence un regard nouveau », et des « processus non programmés se situant en dehors de l’idée classique de chercher et trouver, on peut trouver sans chercher », ce qui « présuppose une initiation où l’on déniche sa propre essence », « comme Pascal et Saint Augustin », « la prise de conscience de ses limites étant déjà un dépassement » et « écouter quelqu’un revenant à lui faire de la place ». Après l’idée que « tout ça tournait autour du ‘roseau pensant’, des machines à calculer de Pascal et du ‘connais-toi, toi-même’ », un intervenant a conclu que « nous ne sommes pas finis ; que l’on se surprend et on se découvre. Que même si tu ne me connais pas, tu finis par me dégoter quand même et me draguer jusque dans des ‘face book’ ; les Hommes sont la préoccupation de l’Homme depuis les Lumières ».

D’après moi, la conclusion logique de la proposition serait que nous sommes tous équivalents, ou ne sommes que des miroirs de l’interpellateur ; or, chaque individu se distingue de tous les autres, pas pareils ni constants, et encore moins des simples glaces, même si, morfondu parce que une trois quarts d’Aurélia lui aurait claqué dans les mains, Gérard de Nerval a déclaré un jour, « Je suis l’autre » et que, dans la lancée, Arthur Rimbaud, Fernando Pessoa, André Breton, Jean Genet et même Emmanuel Lévinas, qui va jusqu’à s’adjuger le vulnérable visage d’autrui, ont fait écho à cette fable absurde en réponse à la taraudante question : « Qui suis-je ? ». Qui ou que serais-je alors ?, et qu’est-ce que je nomme « Tu » ?  Ai-je une raison d’être, en dehors de la chiralité devant laquelle mon vis-à-vis se plante pour se raser ou s’arranger une coiffure symétrique à la mienne ? Ou ne suis-je que son écho, son invention peut-être, et  n’y en aurait-il que pour lui, toujours lui, lui…, un « Tu » forcément en dehors des volontés qui m’entourent, sans cesse altérées par l’espace-temps que chacun s’approprie inéluctablement ; que mon « moi » n’a aucune raison d’être, et c’est mon surmoi, mon orgueil, qui veut me faire passer subrepticement pour celui que je ne suis pas.

Humilié par des « non-je », je ne serais que le spectateur, un squatteur ou à la rigueur une acrobatie verbale, un fait divers dans le sillage de l’« Autre » sans aucun accès à l’Etre déduit du « Cogito ». Voué à un double destin, je pense, donc je ne sais plus sur quel pied danser, quoique, extrêmement bien cerné par un passeport biométrique, aucun autre ne peut ressurgir de mes débris ni de mes cendres ; je suis unique. Doté de la qualité de sujet, différent de tous les autres, « je » suggère une valeur qui ne se trouve nulle part en toi et qui n’est même pas dans ta cravate, tes colliers ou les poches de ta veste, mais que je me fais fort de défier t’apostrophant : « Si tu me cherches, tu te trouves ! » et, si tu ne veux pas te rater, tu n’as qu’à me rejoindre chez moi ; je vais t’apprendre à ramasser des tartines sur la gueule car, comme disait maître David Hume, « Pour la raison, il vaut mieux que le monde s’écroule plutôt que je m’égratigne le doigt ».

Carlos Gravito

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Débat du 16 Mai 2010 : « Un Homme, ça s’empêche », animé par Sylvie Pétin

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Posted on 17th mai 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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Un Homme, ça s’empêche

En plein week-end de l’Ascension, me rendant au Café des Phares le 16 Mai donc, un certain élan vital s’imposait à moi m’invitant à une soudaine élévation de l’esprit et surtout à ne pas me limiter ou à me désigner un rang ; bref, j’avais la pêche. Ironie du sort, l’animatrice du jour, Sylvie Pétin, choisit cependant pour sujet de notre débat « Un Homme, ça s’empêche », et l’auteur du sujet rapporta qu’il « s’agissait d’une justification d’Albert Camus lequel, étant à la fois français et algérien adopta une discrète neutralité au cours de la guerre d’Algérie ». En réalité, il est question d’une expression chère à Lucien, le père de l’écrivain, stupéfié par la vision immonde d’un tas de cadavres avec les sexes tranchés dans la bouche lors d’une guerre de l’Algérie contre le Maroc, en 1910, et parue dans le roman posthume « Le Premier Homme », dont le manuscrit avait été trouvé dans le fatras de ferraille de la voiture accidentée qui a provoqué la mort du romancier.

Peut importe. L’animatrice « s’étonna que ‘le philosophe de l’engagement’ se défilât ainsi » mais, faisant feu de tout bois, on avança qu’il avait dit aussi « entre la justice et ma mère, je choisis ma mère », ce qui n’est pas exact. Puis furent évoqués « l’envie de tuer sans passage à l’acte soulevée par Castoriadis », « la parole qui permet d’arrêter le geste », suivis des « questions : au nom de quoi ‘ça s’empêche’ ?, qui empêche ? », étant donné « qu’aussi bien l’esprit que le corps sont déjà des obstacles » et que « notre sens des responsabilités nous mène à se donner des limites à soi-même », « si l’on est bien élevés », ajouta Sylvie.

Par la suite, il a été question « de la liberté par rapport à cette abstention, en opposition à la transgression », « dans la structuration de l’enfant » et « comme principe de base dans l’élaboration d’une morale » ; « s’empêcher équivalant à se maîtriser, il y aurait là aussi une manière de faire place à l’autre » et « d’empêcher la robotisation » ou que « l’Homme ne soit pas un loup pour l’Homme », une idée qui pourtant se rencontre vivante dans la tête de tous les humains car, fruit de la masse de leurs efforts physiques et intellectuels, d’elle dépend leur avenir s’ils veulent persister dans l’existence.

Maîtriser ses bas instincts, oui ; c’est clair. Mais, telle qu’elle a été interprétée, la proposition me semble effarante, malgré l’illusion qu’une volonté plus éclairée s’affirmerait, différente de celle de courber l’échine ou de se laisser abuser par le chef de meute, un comportement socialement inacceptable.  Toutefois, optimistes comme nous sommes, nous n’entendons pas la phrase comme une autocensure, alors que la chosification du « ça » dit clairement qu’un Homme doit être mené comme son maître l’entend. Les mêmes principes qui ont structuré les civilisations les conduisirent à l’effondrement car nous sommes nos premiers ennemis et seule une sorte de « code de la rue » peut forcer au respect d’autrui ou à une philosophie de la limite conciliant la révolte, la mesure et autre chose comme la contention d’esprit. « Primum vivere, deinde philosophari ».

En fait, nous subissons la vie, ne la vivons pas, et avons même du mal à comprendre le tracé du réel, sans vouloir toutefois sacrifier un instant à un éventuel rabat-joie. On vit comme dans un rêve fabriqué ailleurs, alors, de tous temps, le diktat de la conscience, faculté de connaître sa propre réalité et de la juger, a enraciné en nous la prudence comme moyen de veiller aux défaillances du surmoi qui, telle une descente d’organes, rendent l’individu inapte à respecter ce que l’on juge bon, dans un monde pulsionnel sans retenue.

Mais, à part ça ? Un philosophe grec, Diogène de Sinope, qui parcourait Athènes « à la recherche d’un Homme » idéal se servant d’une simple lanterne, ne s’est pas empêché d’inviter Alexandre le Grand à s’ôter de son soleil. Savait-il qu’« Un Homme, ça s’empêche » ? S’il s’empêche, il passe à une autre attitude, qui est à son tour sujette à l’observation du papa d’Albert Camus. Cela ne constitue pas un humanisme ; en revanche, cette réflexion donna l’occasion au fils de faire un pan de philosophie préconisant certes de mettre un frein à la démesure mais pas à la révolte, domaine exploré par son frère ennemi, Sartre, qui appela à l’engagement et à la résistance de celui qui sait dire non à soi-même. Comment s’y retrouver, entre égoïsme et altruisme ? Tout dépend des circonstances, sinon on tombe dans la pensée dogmatique ; la liberté n’est pas d’entreprendre ce que l’on veut mais de faire ce qu’il faut dans la recherche du sens et point de l’inaccessible vérité.

Beaucoup de gourous, soutenait à peu près Bernard Shaw, « croient énoncer des vérités définitives quand, finalement, ils ne rapportent que ce qu’ils pensent » ou croient utile de claironner. Admettant l’évidence des choses, je dirais que de simples quidams se défient des apparences pour se consacrer au devoir de se libérer, d’être soi et de résister à leurs propres envies, car un Homme, ça s’impose ; son sourire réduit les distances et, le regard levé vers les autres, il se défait de ses journées, le cœur attentif à la voix d’un ami… et vogue la galère, dans la beauté du monde. Il y a certainement un autre encore plus beau, mais je crains que nous n’ayons pas les moyens de nous le payer ; il est hors de prix.

Carlos Gravito

«Il vaut mieux se perdre dans la passion plutôt que perdre la passion». (St. Augustin) -Café philo du 20 avril 2010 au Toc-Tocques, organisé par Accord Philo-

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Posted on 3rd mai 2010 by Cremilde in Divers |Textes

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St. Augustin (354 – 430) était adepte du manichéisme (Le Bien, l’esprit, s’oppose de façon absolue au Mal, la matière) avant de se convertir au christianisme ; il est intéressant de noter que beaucoup de saints étaient dans leur jeunesse plutôt des jouisseurs invétérés. Ce passage d’un extrême à l’autre (du libertinage à la pureté) donne à réfléchir…

St. Augustin, l’un des plus influents pères de l’Eglise, est l’ »inventeur » du péché originel et LE théoricien de la toute-puissance de la grâce, et à ce titre le précurseur, entre autres, du jansénisme (voire de Luther).

Par ailleurs, c’est l’inventeur du café philo ! En effet, pendant plusieurs mois, il animait des échanges philo avec des membres de sa famille et des amis dans une petite bourgade italienne.

Que voulait dire St. Augustin par cette phrase ? Sûrement pas que n’importe quelle passion serait précieuse, à sauver à tout prix. Il a certainement  visé la seule passion valable à ses yeux : l’amour et plus précisément l’amour du Christ qui a même donné sa vie pour elle (sa Passion). Mais nous ne nous sommes pas laissés enfermer dans une explication de texte, le café philo n’ayant pas les mêmes objectifs qu’un séminaire universitaire…

A première vue, la phrase « Il vaut mieux… » fait penser à un « double bind » ou double lien tel que théorisé par l’école de Palo Alto : quelque soit la réponse ou la réaction, elle est mauvaise. Autrement dit, on tombe de Charybde en Scylla, il faut choisir entre la peste et le choléra. Voyons d’un peu plus près les deux branches de l’alternative apparemment funeste:

I)  « Se perdre dans la passion » :

N’y a-t-il pas grand risque, pour quelqu’un qui se perd dans sa passion, de tomber dans la folie ou d’être tenté par le suicide ?

Je pense, entre autres, au film « Cet obscur objet du désir » de Buñuel, d’après le roman de Pierre Louÿs. C’est l’histoire d’une femme fatale qui amène à la ruine physique et psychique un homme perdu dans sa passion, aussi à un autre : « Passion d’amour » d’Ettore Scola sur le même sujet…

Des passions fatales, proches des addictions, peuvent porter sur un nombre infini d’objets et les crimes passionnels ne plaident pas non plus en faveur de la phrase de St. Augustin – si elle est extrapolée au-delà de l’amour (ou d’autres passions « positives » : de recherche, de connaissance, et encore…)

La catégorisation des passions varient énormément selon les auteurs et elles étaient connotées plutôt négativement chez les Grecs dont l’idéal dominant était la fameuse ataraxie, l’absence de passions/émotions fortes. Kant, également plutôt hostile aux passions, en énumère trois : « Ehrsucht » (ambition), « Habsucht » (cupidité), « Herrschsucht » (soif de pouvoir)…

II) « Perdre la (sa) passion » :

L’autre alternative proposée ne semble guère plus favorable : perdre son énergie vitale, son « feu sacré », devenir « normopathe », à savoir se contenter de fonctionner comme une machine, comme un robot. En psychiatrie on a repéré la « pensée opératoire » dont sont atteints les sujets qui ne peuvent plus symboliser, imaginer, fantasmer. Par ailleurs, la plainte la plus fréquente entendue aujourd’hui dans les consultations psy n’est plus celle des temps de Freud : « Docteur, j’ai trop de pulsions, je n’arrive pas (ou mal) à les maîtriser, mais « Docteur, je ne sens plus rien ». Les psychiatres américains nomment cette pathologie (manque d’énergie, de désir, de passion) : LSD (lack of sexual desire).

Au Japon les nommés « herbivores », jeunes gens végétariens, s’abstiennent de toute relation sexuelle, trop compliquée, trop fatigante…

Hölderlin (bien avant Nietzsche) était conscient de la transformation anthropologique en cours : « Ce qui coutait aux Grecs, c’était de s’élever au-dessus d’une existence terre à terre [d’où l’idéal de l’ataraxie, d’absence de passions, G.G.]. Ce qui nous coûte [à nous, les modernes], c’est de revenir au monde d’ici-bas [retrouver les passions, retrouver notre noyau sauvage, nous « dé-domestiquer », à l’opposé de l’idéal de l’ataraxie, G.G.] ».

Réflexion faite, il vaut mieux se perdre dans la passion que de la perdre ; il vaut mieux être » fou » que robot.

Pourquoi ?

Parce qu’on en guérit plus facilement, il me semble plus facile de structurer une énergie (« folle », chaotique) que d’ »exhumer », ressusciter une énergie vitale « morte », asséchée, pétrifiée.

La difficulté majeure du sujet tient à la polysémie du mot « passion ».

D’une part, la passion (en tant que passivité) est opposée à l’action, et d’un autre elle correspond à un affect explosif, à une énergie psychique nucléaire, le contraire d’une passivité !

Elle s’oppose également à la raison et à la volonté, et Albert O. Hirschmann (in Passions et intérêts) oppose passion et intérêt et explique la substitution de l’une par l’autre à partir de 17ème siècle par la peur des guerres de religion terribles, produites par les passions de la foi. Montesquieu, entre beaucoup d’autres, a vanté  le « doux commerce » et le libre jeu des intérêts par rapport aux passions forcément guerrières. C’est cela que l’on veut nous faire croire encore aujourd’hui.

Sans remonter au nazisme (les juifs et autres même pas sous-hommes, mais choses étaient traités comme des pièces à traiter, sans passion ni haine, mais à éliminer non pas avec passion, c. à. d. sauvagement, mais efficacement, dans des usines de la mort), ne parle-t-on pas aujourd’hui de « frappes chirurgicales » (l’adversaire est une sorte de tumeur à éradiquer) et Bush junior n’a-t-il pas répété à satiété qu’en Iraq « the job must be done » ?

Tuer en tant que métier fait penser au fameux livre de Robert Merle La mort est mon métier qui raconte la biographie de Rudolf Höss (alias Rudolf Lang, la biographie est romancée, tout en étant véridique), directeur du camp d’Auschwitz ; Höss/Lang est soumis à des quotas : il doit être plus efficace et traiter 500.000 « pièces » par an au lieu des ridicules 80.000 de Treblinka. (cf. Wikipeda). Pour être efficace ne faut-il pas faire taire ses passions ?

En conclusion : à mon avis, l’esprit du temps est plutôt hostile à la passion – à ne pas confondre avec le zapping entre innombrables envies stimulées par la pub -, il craint davantage la violence inhérente à toute passion véritable que la prévisibilité de l’homo economicus calculateur de ses intérêts, bref sa robotisation…

Pour finir, trois citations :

« Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit » (de la Rochefoucauld)

« La raison sans passion n’est qu’un roi sans sujet » (Diderot)

« Notre siècle est un siècle d’excitation, et c’est pourquoi il n’est pas un siècle de passion ; s’il ne cesse de s’échauffer, c’est parce qu’il sent bien que la chaleur lui manque ; au fond, le froid est à la glace. » (Nietzsche).

Gunter Gorhan

« Un point, c’est tout » (Echos ou bribes, forcément subjectifs, de l’échange philosophique au café des Phares le 25 avril 2010)

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Posted on 30th avril 2010 by Cremilde in Comptes-Rendus

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C’est avec un très grand plaisir que nous avons accueilli, pour la troisième fois, Emmanuel Mousset, l’animateur de cafés philo (aussi dans une prison) dans l’Aisne et qui vient régulièrement nous rendre visite aux Phares accompagné de sa classe de philo ou de ses étudiants de l’université du temps libre de Laon. Il a récemment animé une « boulangerie philo » (dans une petite ville de son département) où les clients se sont laissés entraîner dans un échange de réflexions tout sauf prévu…Son projet : animer dans un hall de gare, propice selon E. Mousset, aux embarquements de toutes sortes, y compris symboliques, métaphysiques, conceptuels. Ceux qui en veulent savoir davantage, E. Mousset a un blog : il suffit de taper « prof story » sur google, par exemple.

Après les annonces habituelles des événements philosophiques à venir, les participants ont proposés les sujets suivants :

-         L’introuvable relation : détention, formation, emploi.

-         Pourquoi cherchons-nous des recettes pour notre vie ?

-         Pourquoi l’homme moderne veut-il effacer l’inconscient ?

-         Un horizon de vérité est-il nécessaire ?

-         Comment peut-on définir les idées reçues ?

-         L’éthique a-t-telle remplacé le politique ?

-         Un point, c’est tout.

-         Qu’est-ce que l’expérience ?

-         En quoi la poésie peut-elle changer notre regard sur le monde ?

-         « Le dialogue est le contraire de la philosophie » (BHL) – est-ce vrai ?

-         L’homme peut-il se contenter de peu ?

-         L’incommensurable.

-         Qu’est-ce que l’embarras ?

-         Est-il dangereux d’oublier l’histoire ?

Notre animateur du jour avoue son embarras : « Tous les sujets mériteraient d’être traités, je choisis le plus difficile, celui à propos duquel j’ai le moins à dire ; ainsi je devrai compter sur vous, je ne serai largement qu’un facilitateur de paroles ».

Il choisit donc le sujet proposé par Nadia, la « mère du sujet » : « Un point c’est tout. »

Nadia, sollicitée par Emmanuel, en dit un peu plus : »Mon sujet recouvre en fait deux thématiques, à savoir celle de l’autorité, ou  plutôt de l’autoritarisme : « C’est moi qui décide et on n’en parle plus. » L’autre thématique, incluse dans l’intitulé du sujet, a un rapport avec la totalité : « Le tout (n’) est (qu’) un point » (au sens de détail).

Nadia nous donne également l’étymologie : le point vient du latin « pungere » (piquer, faire souffrir, tourmenter) ayant la même racine indoeuropéenne, signifiant « frapper », que le latin « pugnus » (poing).

L’écoute (« lacanienne ») « Le poing,  c’est tout » – tout est question de rapport de force – a été proposée, ainsi que « Le point sait tout », suivie d’un développement astucieux sur le point symbolisant l’intersection, le croisement, le carrefour – des trajets de vie, par exemple…

Les différentes locutions et expressions comme « mettre les points sur les i », « faire le point »,  « mettre au point », « point de droit » et « point de fait », « points de suspension », etc., ont été examinés, les échanges étaient tellement riches et variés qu’il serait fastidieux et ennuyeux de les rapporter tous…Il y avait beaucoup de demandes de parole – ce qui est toujours bon signe : la parole n’est pas monopolisée par quelques-uns  – et un animateur qui savait se limiter à reformuler et à proposer une nouvelle piste lorsque l’échange menaçait de tourner en rond.

Certains, me semble-t-il, étaient décontenancés par la profusion des idées et la créativité spontanée que l’animateur se gardait bien d’enfermer dans une méthode a priori, dans une technique « moule à gaufres » (l’expression suggestive est d’Olivier Abel, élève et commentateur de Paul Ricœur). Le pointillisme (Seurat et Signac en peinture), pour être « compris » exige une certaine distance, celle qui permet de repérer les formes sous-jacentes à une nuée de points disséminés dans un désordre apparent ; n’est-ce pas l’une des définitions de la philosophie possible : Prendre de la hauteur sans perdre pied ?

Je retiens de l’échange pointu (sous apparence pointilliste) du dimanche dernier quelques questions :

-         Est-ce le point (au sens de détail) ou le tout qui compte ? Autrement dit : Dieu (ou le diable) gît-il dans le détail ou dans le tout (la totalité) ?  Deux réponses données en histoire de la philosophie : « Le vrai est le tout » (Hegel) et « Le tout est le non-vrai » (Adorno).

-         Pour passer à l’acte, n’est-il pas nécessaire, à un moment donné, de se « jeter à l’eau », d’arrêter  dialogues (avec autrui ou avec soi-même) et réflexions ; le Concept n’est-il pas toujours en retard sur la Vie, ou exprimé avec K. Marx : « La conscience, n’est-elle pas forcément en retard sur la conscience ? »

-         N’y a-t-il pas aussi un point d’arrêt nécessaire dans la régression de la recherche des causes (pas de « regressio ad infinitum » !), d’où le fameux « il faut s’arrêter » (« ananké stenai » en grec, si je me souviens bien) d’Aristote.

-         Finalement, le point ou plus largement la ponctuation ne sont-ils pas nécessaires pour rythmer (« grammatiser » en langage derridien) le flux ininterrompu de la Vie ?

Merci, en tout cas à Emmanuel Mousset, pour son animation bienveillante, intelligente et laissant la première  place aux participants « philosophants ».

Gunter Gorhan

Débat du 18 Avril 2010 : »Les interdits religieux et les principes de liberté sont-ils antagonistes? » animé par Sylvie Pétin

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Posted on 20th avril 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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« Les interdits religieux et les principes de liberté sont-ils antagonistes ? »

 

Alors que le simple battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut entraîner une tornade à l’autre bout du monde, voilà qu’un nuage de poussière craché par Eyjafjöll du côté de l’Islande a provoqué, le 18 avril au Café des Phares, un soudain clignotement de cils chez Sylvie Pétin, séduite par la proposition : « Les interdits religieux et les principes de liberté sont-ils antagonistes ? »

Je ne sais pas si l’ardeur volcanique valait le détour, le fait est que, ayant comme « Routard » le « Guide des Egarés », le crochet avoué par l’auteur du sujet (si j’ai bien compris) suivait  « les traces de Hector Sanz dans la critique faite à Cohen et Maimonide par Léo Strauss, qui remettant en question les Lumières dans leur prétention à une Vérité, due qu’à nos seuls préjugés, n’épargnait pas Voltaire en raison de ses attaques au ‘Traité Théologico-Politique’ de Spinoza, ravivant la polémique de la victoire de la Raison éclairée sur la Religion ». Quelle case cocher ?

Vaste programme ; trop de sable pour nos petites camionnettes. Qui plus est, l’énoncé du sujet n’était pas très pertinent ;  c’était plutôt comme un coup d’épée dans l’eau, puisque « l’interdit » (à respecter) opposé aux « principes » (à observer), c’est du kif-kif. Si l’on met le « religieux » face à la « liberté », ça ne diverge pas plus puisque s’agissant, dans un cas, d’obéissance volontaire et dans l’autre de l’absence de toute contrainte, c’est du pareil au même. Imaginons alors le corollaire suivant : « Les principes religieux et les interdits de liberté, est-ce bonnet blanc et blanc bonnet ? » Non, parce que les principes religieux prescrivent bel et bien des interdits (à respecter ou à transgresser) et les interdits de liberté ne feraient injure qu’à ce qui n’est pas soumis à un engagement particulier, sans tabou ; le silence sans rémission de la société dite libre.

Mais, il fallait que ça roule et, lorsque quelqu’un a dit « le religieux et le laïque ce sont deux mondes différents », l’animatrice lui a reproché « de clore le débat ». On a poursuivi alors et, dès qu’un intervenant prétendit que « dans le domaine religieux la liberté cohabite avec l’interdit », Sylvie argua que « les interdits devaient venir de l’Homme et pas de la Religion », martelant : « les interdits démontrent une méfiance vis-à-vis de l’Homme ». Or, si le droit de grève des gendarmes est interdit, les principes de liberté du clergé n’y voient pas d’inconvénient, disons que l’interdit religieux s’accommode de la liberté des principes qui, eux, en disconviennent, d’où l’antagonisme. Conclusion : on n’est pas de la même forêt.

Comme chacun sait, il est très facile de faire taire sa conscience et voici pourquoi elle ne vous interdit rien ; elle vous dissuade tout simplement de plastronner au sujet de vos faiblesses ; on ne sait jamais… Pouvant aller jusqu’au vice, l’Interdit Religieux est de ce fait un délicieux fantasme qui conduit du plaisir à la passion ; aucun Principe de Liberté n’a jamais entraîné le plaisir plus loin que la guillotine. Ainsi, aux Chartreux des Droits de l’Homme, épris de principes de liberté chérie, je rappelle ce cri de douleur de Madame Roland du haut de l’échafaud : Dieu sait, « Liberté, combien de crimes on commet en ton nom », et je leur recommande donc d’essayer le pêché ; ce n’est pas entravant et ça ne tranche pas la gorge… « Faire l’amour était il y a peu, interdit aux jeunes-filles ; maintenant c’est presque obligatoire. Les tabous sont toujours les mêmes », dit Françoise Sagan, et la raison tient parfaitement compte de ce que nous sommes, des être ambigus pour qui transgresser, et point l’illusion d’être libre, est ce qui donne sens à l’humain ; si l’on prend, dans la direction opposée, le sens interdit, on est dans le bon sens. Voilà. Mais, lorsque l’on a quelque chose de fumeux en tête, il est difficile de l’organiser, de le simuler, de le masquer, à moins de le faire passer pour un débat loyal, objectif, tranché, remuant l’être soi disant libre.

Le chaos est la seule demeure où la liberté puisse être expérimentée. Elle est certes utile à la domestication des sujets, mais elle ne peut pas se prouver ou octroyer et, tout en conservant la faculté d’exalter les esprits et les mobiliser, le mot même « Eleutheria, Le bienveillant » attribué à Zeus, ne veut rien dire d’autre. Ainsi, prétendant fonder chaque chose sur le principe de la liberté, agnostiques, jacobins et mécréants veulent transformer le réel en une énigme sans savoir de quelle clé user pour en sortir, alors qu’il n’y a pas d’autres limites à franchir sinon celles de l’interdit et, si l’on ne franchit pas ces limites-là, par quoi serions nous fascinés ?

Ascèse de la raison, la Foi suppose des devoirs et des laborieuses réconciliations, là où la sensibilité aux Principes de Liberté suggèrent l’exaltante fuite en avant, drapeau à la main et le sein offert, exigeant le loisir de penser et de le manifester en public, ne serait-ce que contre une interdiction de vente de cigarettes à la sauvette ou pour le droit de s’habiller comme on veut et se déshabiller où bon nous semble.

Nous sommes des animaux supérieurs, et dans la nature aussi on s’autorise à tout faire dès que techniquement possible, comme étrangler son voisin pour lui prendre ses terres ; il est indispensable que je bouffe mon prochain avant qu’il ne me dévore, car c’est ce que l’Homme sait faire de mieux. Pour l’interdire, il faudrait une autorité supérieure ; le Religieux le prohibe, la Liberté le permet, à condition que tout rentre dans l’ordre et amène un progrès. Notre raison est sans cesse écornée par la mauvaise foi de l’agnostique, le croyant le plus redoutable.

Carlos Gravito

Débat du 11 Avril 2010 : « Les mots savent de nous plus que nous ne savons d’eux », animé par Gérard Tissier.

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Posted on 15th avril 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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« Les mots savent de nous plus que nous ne savons d’eux »

Ayant, sans aucune ambition, accompagné le Marathon de Paris pendant une centaine de mètres, c’est trop tard que, le 11 Avril, je suis arrivé au café des Phares où le thème du jour, choisi par Gérard Tissier, était « Les mots savent de nous plus que nous ne savons d’eux ». Ceci n’est donc pas un compte rendu du débat, mais une simple prise de position se rapportant à la sélection de nos sujets ou du moins à la façon de les aborder. Il s’agissait en l’occurrence du raccourci d’un vers de René Char, tiré des « Sept saisis par l’Hiver » dans les « Chants de la Balandrane » : « Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux… ».

Les mots qui vont surgir…, donc.

La polysémie des signes n’étant pas décidée par eux-mêmes, vouloir leur accorder un sibyllin savoir ou une obscure aptitude de suppléance à notre probable dénuement philologique relève donc d’une arnaque intellectuelle trop facile, sinon malsaine, me semble-t-il. Simple croisement de catégories logiques ; alors que, côté Esthétique, par la grâce de certaines accumulations sémantiques échappant au pli que les rapports grammaticaux d’ordinaire leur imposent, Char s’est penché sur son acte d’écrire, ou sur son verbe créateur, afin de montrer à quel point le langage ordinaire risque d’être dépourvu de saveur sans une réelle invention lyrique, côté Rhétorique, les philosophes s’appliquèrent à se balandriner avec leurs gros sabots sur le terrain de l’affriolant bourrage du mou, admettant que les vocables sont au parfum de ce que nous sommes, tout en sachant pertinemment bien qu’ils ne se montent pas la tête ni ne cherchent pas à résister au temps ; sur eux plane en permanence le spectre de la langue morte.

Au fait, les mots ne font pas de poésie, ne courent pas après les rumeurs, les indiscrétions ou significations savantes dans une course aux lauriers ; les lauriers vont au poète qui sait créer de nouveaux signifiés et des associations d’idées inhabituelles. Son souci étant de trouver des images assez originales pour traduire ses sentiments et catapulter ses passions, c’est lui qui produit la variété des sens obligeant chaque terme à s’y plier pour prendre le lustre de ce qui poétique. La philosophie interprète le monde ; la poésie l’exalte car, par sa manière de faire bouger les étoiles autour de lui, l’aède y met à découvert des tas de facettes jusque là méconnues. Du coup, la figure poétique est toujours une audace de l’Homme qui fait éclater le langage humain, dont les dieux n’ont pas besoin pour dire ce qui est, et, chantant l’autre que l’on ne peut pas être parce qu’il n’est que gardé par les heures, le Fado portugais en demeure peut-être exemple le plus proche, du moins étymologiquement parlant ; « fatum », du verbe « fari, dire ».

Que venons-nous, alors, faire aux Phares ? Assister à des floralies ou soigner nos questionnements ? Là où il y a polysémie ou connotation, on découvre habituellement de l’intuition et de l’empathie pour les humains mais, dans notre cas, j’ai le sentiment que l’on n’a pas bien compris René Char ; la vérité des mots est celle que le poète fait surgir pour la durée du poème et point les convulsions expérimentées le long d’un débat. Tant pis. Ce qui, considéré sous l’angle de la poésie, évoque souvent un joyeux feu d’artifice, se pose parfois en tant que simple allumette éteinte, au niveau de la philosophie.

Carlos Gravito

Débat du 4 avril 2010 : « Est-il donné à tout le monde d’exister », animé par Daniel Ramirez.

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Posted on 5th avril 2010 by Carlos in Comptes-Rendus

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« Est-il donné à tout le monde d’exister ? »

 Pour trouver le jour de Pâques, événement eschatologique, il faut faire le tour de notre satellite préféré, puis le plaquer sur le calendrier retenant le dimanche qui suit la première pleine lune apparue après l’équinoxe du printemps, et c’est par un de ces hasards avec lesquels les astres se complaisent à nous ébahir, que cette sainte journée tomba le dimanche 4 Avril, occasion pour la chrétienté de se répandre en d’allègres Alléluia louant le Christ ressuscité puisque Marie Madeleine n’aurait trouvé que son suaire dans le tombeau qu’elle visitait. Tout ça, pour que l’on se rende prosaïquement compte qu’était venu le moment de peindre les œufs avant de les manger, le temps des lapins, des cloches en chocolat et autres friandises mais, décidément, au Café des Phares des esprits flingueurs se morfondaient de la joie d’autrui, raison pour laquelle le sujet que Daniel Ramirez choisit d’animer fut : « Est-il donné à tout le monde d’exister ? »

S’il y a un doute, c’est grave ; une telle idée a depuis toujours effleuré les esprits de certains hygiénistes éclairés, avec les conséquences que l’on connaît. Normalement, « tout le monde » est chacun et, dès qu’objectivement là, il ne peut plus surgir (ou disparaître), selon le bon vouloir d’un Dieu, l’estime ou mésestime de soi, le pouce du souverain ou la pertinence de la réponse à une pareille question. Pourtant, afin de persister dans l’aberration, comme il a été choisi de faire, nous avions deux possibilités : couper les cheveux en quatre ou tourner autour du pot pendant cent minutes. Bien que couper les cheveux en quatre n’en augmente hélas pas le nombre, nous nous y sommes prêtés quand même, tout en marchant à la bonne franquette autour du bol, afin de nous approcher du centre du débat en trois coups de louche, ce qui à la fin faisait déjà du pot primordial une bonne soupière.

Une fois que l’animateur fit remarquer qu’« exister est une chance » qui « n’est pas donnée à tout le monde » comme il a été ajouté par quelqu’un sans se douter de l’idiotie de son propos, il fut objecté « qu’exister a à voir avec la conscience d’être vivant » et ensuite on a entendu dire que « celui qui va mourir désire s’amuser auparavant », que « celui qui est en deuil veut remplir ce vide », ce qui amena quelqu’un à se demander « s’il est légitime de donner la vie » et un autre participant à découvrir  « que l’on n’est pas à égalité devant la mort ».

On faisait feu de tout bois et nous avons évoqué alors « le sentiment ‘océanique’ », « la solitude de Robinson Crusoé », « l’arbre qui cache la forêt (le singulier opposé au pluriel) », « la métamorphose dans la douleur », « l’intérêt de vivre au présent », jugeant même « qu’avoir une vie ‘pépère’ n’est pas exister », que « vivre, c’est faire des choix difficiles », que « Van Gogh n’en menait pas large mais était un grand Homme », tandis que quelques-uns se demandaient « comment Dieu peut-il prouver son existence », « si Michael Jackson était dans son cercueil », ou rappelaient aussi bien « le drame de Nanterre où un forcené abattit un tas de conseillers municipaux ‘pour exister’ » que « Roquentin faisant, dans ‘La Nausée’ (Sartre), l’expérience de l’écoeurement et de l’absolu devant les racines d’un arbre ».

Il a été aussi question de « Levinas, ‘la présence dans l’absence’, ‘l’être du néant’ ou ‘l’il y a’ », ainsi que de « Cioran ‘l’inconvénient d’être né’ » et de la boutade de « Baudelaire : ‘Dieu est le seul être qui pour régner n’ait pas besoin d’exister’ », le tout se concluant par « exister, c’est avoir un pouvoir sur la vie et cela n’est pas donné à tout le monde », histoire d’enfoncer le clou.

Je dirais que, ergoter sur l’existence tient moins du sens que du discernement, la vérité (s’il y en avait une) n’étant pas dans les assertions qui ne changent point, mais dans les jugements sur lesquels les erreurs d’ordinaire s’accumulent. « Tout le monde », ça va de soi, est la totalité des humains ; la proposition était donc logiquement désorganisée et l’animateur reconnut que « l’interrogation manquait de pertinence : elle était contradictoire philosophiquement, choquante socialement, indigne politiquement », sans parler des autres registres des choses par rapport à l’objet intelligible.

On ne va pas toutefois en faire une maladie malgré le goût de Cachou Lajaunie que commençaient à prendre les dragées chocolatées mais, le fait est que, peut-être parce que c’était Pâques tout simplement, comme le Saint-Sépulcre le débat se trouva vide de contenu… quoique, dans le tombeau du Christ il subsistait tout de même le linceul.

Le soir venu, après avoir assisté sur France 2 à la transmission des « Tontons Flingueurs », j’ai rêvé étrangement qu’Aristote me rassurait soulignant que « tout a un ‘telos’, c’est-à-dire, le caillou, l’abeille, la sardine, le nuage ou le truand ont tous un but intérieur à poursuivre, car l’objectif de l’existence est de s’arracher à la mort », et je lui demandai dans mon songe :

- Maître, est-il vraiment donné à tout le monde d’exister ?

- Mais bien sûr, me répondit le philosophe, il ne se peut autrement.

Puis, après quelques secondes de réflexion :

- Sauf en cas de décès, naturel ou violent.

Carlos Gravito

Point de vue de Christian Godin sur les cafés philo…

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Posted on 2nd avril 2010 by Cremilde in Textes

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« N’importe quelle interrogation, même naïve, n’importe quelle réponse, même naïve, surtout naïve, peut avoir un sens, une dimension philosophique…Que les gens philosophent dans les cafés philo, cela ne signifie pas qu’ils soient des philosophes comme Descartes, mais cela signifie qu’ils sont capables de se poser les mêmes questions que lui » (in « Philos », n°67, novembre 2003, page 4).