Débat du 7 mars 2010 : « Nous baignons dans trop de réalités », animé par Daniel Ramirez.

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Posted on 8th mars 2010 by François in Comptes-Rendus

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« Nous baignons dans trop de réalité »

Animation : Daniel Ramirez

Le dimanche 7 Mars, il y avait trop de tout à la Bastille ; trop de froid sur le marché, trop d’invendus parmi les fleurs destinées à la journée des femmes, trop de monde autour de la colonne du 24 Juillet pour le semi-marathon de Paris. Pas étonnant donc que l’animateur, Daniel Ramirez, ait pris pour thème de notre débat la proposition « Nous baignons dans trop de réalité ».

J’ai rarement entendu une affirmation si absurde, même de la part d’un ivrogne mais, on n’était pas là pour enfiler des perles et un philosophe réaliste fait feu de tout bois, malgré son éventuelle humidité, l’important étant d’enflammer l’âtre sans y laisser toute la boîte d’allumettes. A vrai dire, j’aurais préféré que l’on dise « on baigne dans un fond de réalité », parce que l’on pourrait y amener les enfants sans trop de problèmes, mais je me suis fait une raison. Allons-y donc, entre adultes, au risque de se noyer.

D’après l’auteur du sujet, un spécialiste aurait écrit, paraît-il, que « l’on assiste à une technisation excessive de la médecine et que chaque patient veut tout savoir », alors Daniel a suggéré que « l’on procède par étapes : lire d’abord l’assertion et se laisser surprendre ensuite ».

« Excellent, dit quelqu’un. Il y a une montée de la science et avec elle, de l’amour et du romantisme ; la réalité n’est pas autre chose », à quoi un autre intervenant ajouta « que la réalité est tout ce que l’on peut photographier, ainsi que la vidéo surveillance, le scanner, etc. », même si un autre trouvait « qu’il y a là trop d’informations pour nos capacités » et, ajouta le suivant, « trop de réalité tue la réalité, comme le dit Annie Le Brun », c’est-à-dire, argumenta un cinquième, « plus il y a de réalité plus il y a de virtuel, de réalité virtuelle, disons, difficile de  les faire coïncider avec la vérité ».

- Il y a une hyperréalité qui, sans avoir accès aux choses, nous ouvre à la représentation du réel, hasarda l’animateur, basé peut-être sur Jean  Baudrillard.

La participante qui l’a suivi évoqua alors « une sorte de courbure dans la ligne ‘espace/temps’ », une autre « les aveugles et les sourds qui s’aperçoivent tout de même du réel » et une autre encore se demanda si « trop ou pas assez ne s’expliquait pas plutôt par rapport à l’attente d’un résultat, la réalité n’étant ni en trop ni en moins ». C’était déjà plus clair dès que, sans mettre en question la matérialité de l’univers, nous ne pouvons pas concevoir un excès ou une démesure du réel, sinon il serait irrémédiablement sorti du logos. C’est lui qui permet à l’Homme d’aller au-delà « du silence des choses que le langage, l’accumulation des savoirs, la musique, l’art et la poésie peuvent transcender ». Un intervenant d’expression allemande a évoqué alors les mots « ‘Wirklichkeit’, comme réalité effective, et ‘Aufheben’, à la fois ‘maintenir et faire cesser’», jusqu’à ce qu’un nouvel intervenant se soit demandé si « la question avait un sens ». A la bonne heure.

Equivalant à la factualité ou actualité, entre l’essence et l’existence, le terme « Réalitas » dû à Duns Scot n’est finalement rien d’autre que le phénomène de la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. Bref. « ‘Dieu est mort’, sans le savoir mais, conscient de soi et ivre de palpable, l’Homme nouveau apparut dans les justes limites de ce qui est », rassurant tout le monde.

Il restait l’hypothèse du rêve cher à Descartes et effectivement j’ai fait un cauchemar. Au cours de cette pénible réalité, je me trouvais englué dans un bassin plein d’une vraie mouscaille qui atteignait le ras de ma lèvre inférieure. C’était réellement trop, alors, dès qu’un nouveau arrivant se glissait dans le bain, je le suppliais, entre les dents : « de grâce, surtout ne faites pas de vagues ».

Carlos Gravito

1 Comments
  1. Gunter says:

    Deux conseils de lecture par rapport au sujet « Baignons-nous dans trop de réalité ? » :

    Annie Lebrun, amie des surréalistes, a écrit « Du trop de réalité », Gallimard, Folio Essais, et Mona Chollet, journaliste, « Tyrannie de la réalité », Stock, 2006.

    Les deux livres présentent une critique lucide et sévère du mot d’ordre néolibéral, énoncé pour la première fois par Margareth Thatcher (la seule femme premier ministre – de 1979 à 1990 – du Royaume Uni) et repris depuis par tous les fatalistes de droite et de gauche : « There is no alternative » (Il n’y a pas d’alternative) au monde tel qu’il ne va pas. Autrement dit, la seule politique possible est celle de l’adaptation forcenée. Or sur ce plan, les microbes et les rats sont bien plus forts que nous, les humains – à moins que nous ne mutions pour nous rapprocher d’eux. N’y a – t –il pas déjà quelques signes annonciateurs en ce sens ?

    8th mars 2010 at 9 h 53 min

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