Débat du 28 février 2010 : « L’hédonisme peut-il être moral ? », animé par Gunter Gorhan.

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Posted on 1st mars 2010 by François in Comptes-Rendus

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« L’hédonisme peut-il être moral ? »

Animation : Gunter Gorhan

Au commencement était le Verbe…, à la fin ce sera le lugubre silence de l’être sans « je » ni soleil.

Entre temps, nous faisons semblant d’assurer la maîtrise de tout par le langage, étant donné que chaque chose, même l’innommable, doit avoir un nom qui nous lie à elle à défaut de pouvoir la saisir toujours et dès lors, défiant toute compréhension, chacun parle à ses propres pensées, improvise des échanges avec ses proches et, afin de persuader les autres, dialogue au hasard des mots dans les lieux publics, s’adonnant ainsi à ce qui n’est en somme qu’un plaisir solitaire. C’est aussi un ébranlement identitaire vital, et c’est ce qui s’est passé au café des Phares, le 28 Février 2010, comme chaque dimanche depuis bientôt dix-huit ans, ayant comme prétexte pour le faire cette fois-ci, un débat intitulé « L’hédonisme peut-il être moral ? », que Gunter Gorhan se fit fort d’animer.

L’auteur du sujet dit que, « parue dans la revue ‘Futuribles’, l’expression vient de Michel Onfray qui, voulant lui donner un sens moral, attribue au plaisir le but et le principe de l’existence, alors que celui-ci procure à peine satisfactions médiocres tournés vers soi et pas vers autrui ».

En gros, il était donc question de considérer les parties de jambes en l’air comme un exercice d’utilité publique et là on ne plaisante pas.  « La jouissance est égoïste », dirent les uns, « le plaisir est à chaque coin de rue et enveloppe tout », ajoutaient les autres ; « dans ce cas, il vaut mieux être immoral, puisque ça devient un art de vivre, aujourd’hui », « jouir, c’est le mot d’ordre, ici et maintenant », claironnaient d’autres encore. Afin de calmer les esprits, l’animateur informa le public de l’étymologie grecque (« hêdonê », plaisir, + le verbe « hédomaï », se réjouir), mais immédiatement quelqu’un répliqua que « l’on n’est pas des anges » et même la référence à Spinoza n’y fit rien, surtout qu’un participant auquel on demanda un jour « vous jouez au golf ? » avait répondu « non, je baise ». « Si on perd son étoile on est perdu », clamait Gunter, occasion pour un nouvel intervenant de faire remarquer « qu’il y avait là des hédonistes transcendantaux et des hédonistes vulgaires », tandis que les plus timorés « invoquaient Saint Jean Baptiste ».

Le fait est que d’un côté la Morale (éclatement de moi, tour à tour juge et accusé) et de l’autre la Conscience qui, selon l’appréciation de la Raison, se prête à tout suborner, peuvent absoudre carrément toutes mes fautes. Que demande le peuple ?

Force est réellement de constater que la Morale universelle (un Absolu) a été insensiblement remplacée par l’Ethique dont le champ d’application est de, au jour le jour, trier tout simplement le souhaitable de l’inadmissible, entraînant ainsi un renversement de perspective que même Nietzsche n’a pas vu venir. Pas étonnant dès lors, qu’un Michel Onfray, désireux par irréligiosité de dénoncer la noce des hétéros, plaide pour le mariage des homos, ainsi que pour le droit à faire les mêmes bêtises que les premiers, et ait consacré rien moins que quinze livres à l’Hédonisme, où il n’est question que de l’évitement du déplaisir, de chair, de libertinage, d’arithmétiques à établir et de contrats à définir, pour l’édification de forme immanente du paradis sur terre, c’est-à-dire, « la sculpture de soi » d’un coincé…, d’enfant gâté, quoi. Si la recherche constante du plaisir, déjà vue dans « Le Gorgias » de Platon, constitue l’objectif le plus pressant de l’existence humaine, un tel projet aboutira, finalement, à une nouvelle dimension de l’appétit, la faim hédonistique des sociétés riches, la goinfrerie et le besoin compulsif de la consommation de drogues, de toutes les drogues. Pourquoi pas !

De « manière d’être-là », en « mode d’habiter le monde » « comme un funambule », « l’éthique montrant le chemin » et « la meilleure façon d’y marcher étant encore  la nôtre, notre morale », le débat se poursuivit sans accrocs et on est passés certes au « plaisir des sens » mais aussi « au besoin de faire du bien autour de soi », jusqu’à ce qu’un intervenant y rajoute encore « du Onfray et son ‘érotique solaire’ » du corps amoureux, où il n’est question que de « volcans », « foudres », « incandescences ». Alors, cherchant à me protéger, je me suis dit que tout ça ce n’est que de la philosophie de gare pour les vacances d’été et, comme ça se mordait manifestement la queue, j’ai raconté à mon voisin de table une histoire de trois péquenauds dans un bistrot. Ils en avaient marre de ne jouer qu’aux cartes et aux dominos, alors l’un d’entre eux, qui n’avait pas les oreilles dans sa poche, a proposé de, justement, jouer au « golf » à l’avenir.

- Et comment ça se joue ? demandent les autres.

- Je crois que c’est avec un bâton, des balles et un trou, expliqua celui qui a proposé le jeu.

- Moi, je prends le bâton, choisit un.

- Moi, les balles, dit l’autre.

- Moi, je ne joue pas, conclut le dernier.

Carlos Gravito

1 Comments
  1. PAT DE JAGUAR says:

    Déjà quand j’avais 12 ans je compris que comme le concluait ce dimanche Gunter que « le plaisir ce n’est pas forcement la joie ». Mais trève d’enfantillages: être et vouloir être heureux c’est en quelque sorte une lapalissade pourrait-on conclure si l’on voulait « déconstruire »le discours philosophique. Le luxe suprême serait d’arriver à être heureux avec trois fois rien ce qui n’est pas donné à tout le monde, le divin … marquis de Sade resterait pantois devant une telle déclaration. Mais voilà que je cours de l’Hédonisme au jansénisme. Décidement rien n’est parfait!
    PDJ

    1st mars 2010 at 14 h 12 min

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