Débat du 3 Février 2013: « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard », animé par Bernard Benattar.

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Posted on 5th février 2013 by Carlos in Comptes-Rendus

Après la « Manif pour Tous et Partout » de samedi (en opposition au projet de mariage et adoption pour chacun, et en faveur de l’attachement au couple homme/femme aussi bien qu’à la famille PME, père, mère, enfant), tandis que la guerre semait la mort au nord de l’Afrique noire ainsi qu’au Moyen Orient, à Paris, le 3 Février 2013, selon une tradition vieille de trois ans, ‘La ‘Bellevilloise’, forteresse culturelle et haut lieu de la militance ouvrière du 20ème arrondissement, ouvrait ses portes au convivial « GSAA » ou Grand Salon de l’Art Abordable, une exposition d’Art Contemporain accessible aux différents budgets, c’est-à-dire, à des prix d’atelier et sans intermédiaires, tandis qu’aux Invalides avait lieu la 28ème édition  du Festival Automobile International, mettant en scène les Top Modèles de cette industrie, d’un coût bien moins raisonnable.

Ce même jour, le 3-2-2013 donc, au Café des Phares®, avait également lieu l’habituel débat philosophique hebdomadaire, animé alors par Bernard Benattar, et portant sur la question « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ! », posée par une  participante.

Savoir vivre serait donc une pure perte, puisque, d’après l’affirmation qui nous sert de réflexion, un tel apprentissage anéantirait la possibilité de le faire à temps, la période nécessaire à y arriver dépassant le limite raisonnable de son utilité. C’était en outre un coup de pierre dans le jardin de l’Académie de Platon pour qui « philosopher, c’est apprendre à mourir », quoique, si « le temps d’apprendre à vivre ne nous laisse pas de marge pour en profiter », naître équivaudrait donc à l’expérience de la camarde sans lâcher la tétine et, dès lors, le plus sage serait de vivre sans apprendre à le faire. Entre nous, « Vivre », du latin « vivere », est une propriété essentielle des organismes qui, sans recours à la réflexion résistent spontanément à la mort. Ça ne s’apprend donc pas (mais faisons comme si…) ; c’est un instinct, ce qui fait de la vie une création, plus qu’un apprentissage. Bref. Nous avions donc, à nous interroger sur la frustrante brièveté du temps, comme Hippocrate l’avait exprimé par son aphorisme ‘ars longa, vita brevis’ (le constat est hasardeux et la vie trop courte), et il semblerait donc qu’il est souvent « trop tard » pour réaliser quoi que ce soit ! C’est-à-dire, au sevrage succéderait l’Apocalypse ; le temps de nos premiers pas épuiserait toute espérance de vie. La mort serait une suite logique, non de l’existence ontologique, mais d’une incertitude métaphysique au sujet du réel, dont le fait effacerait du même coup toute matérialité, fut-elle de longue ou courte durée. Une sacré besogne.

Lors des échanges avec les participants, on a tout entendu, et en premier : « est-ce que ça a du sens ? », puis quelqu’un « s’inscrit contre… », pensant « qu’il faut prendre de la distance », et « distinguer entre ‘expérience’ et ‘vie vécue’ », « au vu des circonstances dans lesquelles la question est posée  », et quelqu’un d’autre se plaignait « si j’aurais su, j’aurais pas venu (de ‘La Guerre des Boutons’) ». Il s’en suivit « L’inquiétude existentielle », « si jeunesse savait et vieillesse pouvait », et les sentencieux « est-ce que j’ai agi comme il fallait », « mieux vaut tard que jamais », « vivre c’est apprendre à vivre et devenir philosophe », « la nostalgie n’est plus ce qu’elle était (Simone Signoret) », « la vie est pleine de concepts et ce n’est pas avec ça que l’on apprend à vivre ». On a parlé de « la caverne de Platon où les idées sont séparées du vécu, donc fausses à la base », de la résignation genre « je vis ma vie et je fais avec », d’autres de la contestation du type « la phrase est déterminée par un seul terme, le temps, formule transcendante, alors que je l’aborderais par le côté immanent », « Pourquoi apprendre ? Pour s’améliorer ? », bien qu’il ne soit « Pas la peine d’apprendre ; on ne vit que soi-même », ou « Il faut accepter de ne rien savoir », « Il y a des envies que j’aurais eues à 20 ans mais pas aujourd’hui », ou encore « ce qui ne nous a pas tué, nous renforce », « d’après les pédagogues, tout se passe avant Six ans », « comprendre est le corollaire d’apprendre », « Il est toujours trop tard ; quand c’est fait, c’est fait », l’affirmation en débat semblant à « une phrase de ruminant, version romantique », alors que « le cours de la vie nécessite des notices explicatives », pour « vivre à 100% », malgré « les regrets, « les remords », le « vivre c’est manger, dormir, construire sa maison, prendre soin de soi »,  ou l’épilogue de « Oscar Wild : ‘les gens savent tout mais ne connaissent le prix de rien’ », suivi d’autres du genre « le sujet philo par excellence, ‘créé-toi, toi-même », « art et philo, même combat », « savoir ou mettre la fourchette de séparation, et manier une œuvre ainsi que sa musique, faisant miennes les idées », « la crise de la représentation », « l’art, comme tous les arts qui a besoin de l’éducation du regard mais c’est le langage qui nous amène à le comprendre».

Avant que ce ne fut point trop tard, Gilles donna de la voix, nous révélant son texte poétique, puis Bernard conclut : « … il faut laisser tomber les livres et vivre l’expression esthétique allant au-delà du tableau… ». Voilà, à peu près… 

Un escargot est agressé par deux tortues.

La police arrive et demande :

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

L’escargot :

- Je ne sais pas ; tout s’est passé trop vite.

Carlos

 

11 Comments
  1. ROCA Gilles says:

    « Le temps d’Apprendre’ À Vivre’, il est, déjà, trop tard »,
    Louis Aragon, Bernard Benattar,
    Aux Phares,
    un’ Art …

    Le temps’ … À-prendre … Vivre’, À …prendre’, en philosophe’,
    et, très …tôt, Les planches … de La Vie, et, très tard, « étoffe’»,
    expérience … de Vie, « terreau », « intelligence », de Vie,
    conscience … de La Vie, Apprentissage’, intelligence’ du cœur … de « La Vie devant soi », « un cœur intelligent », Alain Finkielkraut’, du sens’, du temps, de Vivre, ma foi !,
    Livre … se Livre … délivre … se délivre’, À nous, du Tout’ Au Un … Au Tout’ … en’ Un, en Vie, « unique’ Au monde’», en’ Apprenti …sage’, de La Vie,
    Apprends …tissage … de La Vie !, en souffrance … La Vie,
    « tu Aurais su comment souffrir, tu Aurais pu ne pas souffrir »,
    Aux radicales’ … Ailes, intimes, universelles … de son’ immanence …
    de sa transcendance, La Vie, inconnue, un …connu, La Vie, À naître’,
    À croître’, et, À co-naître’, À re-naître … se re-connaître …
    co-naît …sens’, et se re-connaît …sens’,
    À déconstruire’, À reconstruire’,
    Apprentissage’ est création, du monde … L’Autre … soi,
    éducation, et transmission, est conversion … ma foi !,
    distanciation, « distance … prise … par chacun, Vis’- À – Vis de soi-même’»,
    où distance’…est …sens’, de « L’humour », Jean Cardonnel, J C, soi-même, …
    Immortelle … Pensée, Souci, de création, Les, trois, fleurs, maintenant’ et ici,
    de La philosophie, de notre, humain, défi, mais non, mais non … mais-si !
    NON finitude … mort, MAIS finalité … Vie, « ou fatalité, « sort », ou, bien, humanité », J C, Au risque … de notre Vie, Altérité, humanité, ouverture … d’esprit, incarné,
    sans conclure’, À rire’, Aimer, donner’, un droit, et un devoir, de nord-occidental,
    qui est dans Le « savoir », et qui Le croit Vital …
    privilège(s) … privilège(s), Là … « ordre’, et beauté, Luxe … calme’, et Volupté »,
    Charles Baudelaire, « La Passion … » Le Pas …sage « … de L’humanité », J C,
    folle’ utopie, mais …sage … L’expérimenté, pas d’Âge … pour L’Action,
    et pour La créAction …
    jamais trop tard … « silence’!, on tourne, moteur ! Action ! »
    La Vie, À Vivre … jusqu’À son’ extrême’ « onction » …
    Gilles Roca,

    Cas-fée-Philo des Nés-nus-Phares, en ces-jours de Pluviôse, 3 – 2 – 2013’,
    Apprentissage … phare … de La Vie phare … pas trop tard,
    prends Le risque … d’Apprendre’ À Vivre’, ose !,
    sous Les cendres … de mort, feu de La Vie, Les braises,
    G R

    5th février 2013 at 22 h 53 min

  2. Elke says:

    Merci, Carlos. si j’avais su je serais pas venu: je ne savais pas et je ne suis pas venue et je découvre à distance un sujet pour le moins déconcertant. L’émergence du sujet dans le microcosme qu’est le café philo en dit long de notre société dans laquelle il prend place : nous sommes une société composée d’un nombre important de sujets qui ont l’impression de ne pas être acteurs de leur vie mais restent observateur passif de ce qui leur arrive. Lors de leur existence, ils regardent et attendent. Le biberon va venir, l’heure du coucher…. Une posture pour le moins infantile. Quand je serai grand, quand j’aurai mon diplôme, quand j’aurai ma maison….. Et à force d’attendre, la vie passe, effectivement. La tête dans les bouquins, remplis de concepts ronflants, on en oublie de « faire », de mettre la main à la pâte, à expérimenter, à transformer, à s’investir, s’engager…. Ainsi, on ne se salit pas, on ne prend pas de risque, on ne se fatigue pas outre mesure mais on se prive de la joie lié au faire, au réussir. On fait peut-être l’économie de la peine d’avoir échoué, de l’effort à fournir pour se relever…. Mais le pire, c’est que dans notre passivité, on donne des ordres: la majesté le bébé montre de son doigt l’objet qu’il veut, et « quelqu’un » doit s’empresser pour lui apporter l’objet de sa convoitise. Encore pire, c’est quand sa majesté le bébé occupe des postes dites « à responsabilité ». Inconscient de l’incidence de ses lois sur l’environnement, il en fabrique, il en fabrique mais n’en assume jamais les conséquences. Il faut, il y a qu’à. Ainsi nous nageons dans un mainstream d’attitudes tyranniques à l’égard de l’environnement et il faut se diriger vers les berges pour observer qu’en attendant qu’ « au milieu », cela se déchire, s’insulte, « ailleurs » se fabrique le monde de demain. J’ai lu avec beaucoup de plaisir une interview avec Vandana Shiva dans la revue « Kaizen ». Elle parle de l’art de se gouverner soi-même et son combat pour la vérité. Elle n’en parle pas seulement, elle met en acte. Et elle ne pose pas la question « c’est quoi la vie », mais elle se pose la question « comment défendre la vie ». Apprendre à vivre ? Non, la vie est un cadeau, une offre qu’on peut refuser (le suicide existe) ou accepter. Quand on accepte, on « apprend » rapidement qu’il faut fournir des efforts, constamment, pour ne pas mourir. (On ne l’apprend pas si rapidement dans notre société saturée d’objets de consommation. Qui a encore conscience que le simple fait de pouvoir « manger » est le fruit d’un travail énorme?) Une forme particulière de l’effort pour ne pas mourir, c’est le combat. Et là, je suis d’accord : oui, on peut apprendre à se battre. Le maître à Vandana Shiva s’appelle Gandhi. Elle a sûrement puisé dans d’autres manuels pour peaufiner sa stratégie, sa tactique. Elle est philosophe et physicienne de formation et a réussi de bloquer dans son pays une loi qui aurait restreint l’usage des semences. Génial, non ? C’était un vrai combat pour la vie. Qu’en est-il des discussions actuelles à l’assemblée nationale de notre si grande nation ? Tant de salive, de temps gaspillé et d’argent du contribuable (chaque député reçoit un salaire pour ce « travail » !!!!) pour donner le « droit » d’avoir un enfant aux hommes et aux femmes qui ne sont pas capable d’en procréer « naturellement ». On veut donc mieux faire que la vie et on appellera cela le progrès ? Pendant ce temps, nous n’arrivons pas encore à bien nous occuper des enfants nés naturellement. J’observe le débat à l’assemblée et je me dis : on est en plein délire. Ce n’est pas de la politique, c’est du passe-temps. Du temps perdu. Du temps précieux perdu pour ne pas s’occuper des problèmes plus importants à résoudre : la transition énergétique, la sauvegarde de la biodiversité, l’éducation de nos enfants….. Bon, faut que je travaille après ce petit passe-temps philosophique qui m’a mis finalement en colère, ce matin. Que vais-je faire ce jour pour rendre ce monde un peu meilleur ? Remplir des formulaires administratifs rendus nécessaires par le travail acharné de nos parlementaires…..

    5th février 2013 at 10 h 25 min

  3. Gunter says:

    Chère Elke, le compte-rendu de Carlos, hélas, induit en erreur. Comme presque toujours, une partie (importante) du public n’était pas du tout d’accord avec cette phrase de Louis Aragon, mise en musique par Jean Ferrat et Léo Ferré…
    Il ne suffit pas d’être biologiquement vivant (zoé en grec) pour l’être humainement (bios en grec); nous ne poussons pas naturellement comme des fleurs ou des animaux, ni même comme les bonobos, les plus intelligents parmi ces derniers.
    La vie humaine exige d’être instituée, des institutions dont la plus importante est la langue humaine qu’il faut distinguer des moyens de communication dont disposent les animaux les plus évolués.
    Pour parler vraiment, il faut en effet pouvoir se diviser en sujet de l’énoncé et sujet de l’énonciation, autrement dit pouvoir examiner sa vie, se mettre soi-même à distance de soi-même – on commence alors à « philosopher ». Dans l’urgence, et si on réduit la vie aux évidences matérielles de la simple survie biologique (de l’auto-conservation), il n’y a ni langue (humaine) ni philosophie. A ce propos, la phrase de Christine Lagarde : « Les Français pensent (mieux « réfléchissent », les animaux pensent beaucoup) trop, ils devraient travailler plus », trahit l’esprit du temps néolibéral de l’animalisation de l’humain, de sa dissolution dans un darwinisme généralisé.
    Marc Sautet répétait toujours que le café philo est un moment d’arrêt, un moment de réflexion par rapport aux activités et engagements multiples et divers des uns et des autres, qu’il est un lieu où il est possible de mettre à l’épreuve de la vérité d’autrui sa propre vérité. Marc était en même temps très conscient du risque inhérent à toute activité symbolique de se substituer à l’activité pratique, concrète, de devenir un « opium du peuple » de plus.
    Mais quel est le rapport entre le symbolique et le « réel » ? Peut-on vraiment le séparer, comme on séparait autrefois le corps de l’esprit ?
    Austin (« Quand dire c’est faire ») a mis en évidence que certaines paroles sont des actions et Hegel bien avant lui a pu écrire : « Le travail théorique, je m’en convaincs chaque jour davantage, est plus efficace [je n'irais pas aussi loin, G.G.]que le travail pratique; car dès que l’empire des représentations est révolutionné, la réalité n’en aura plus pour longtemps ».
    Tout dépend donc de ce que se dit, s’échange au café des Phares : des paroles-somnifères et mortifères ou des paroles qui réveillent et vivifient.
    La philosophie (toute la réalité symbolique d’ailleurs) doit rendre la vie plus intéressante, plus vivante que la philosophie (et toute la réalité symb.). Cette question d’une vie plus vivante, plus intense, plus humaine, voire plus vraie (Rimbaud : « La vraie vie est ailleurs », Proust : « La vie, la vraie vie enfin retrouvée ») ne se pose pas pour tous ceux pour qui la vie n’est qu’une réalité biologique qui va de soi.
    Elle ne va pas de soi pour Fichte : « Le philosophe en tant que tel n’est pas un homme complètement vivant, car il est dans l’état d’abstraction. C’est bien pourquoi ‘il est impossible que quelqu’un soit simplement philosophe ! Autrement dit : on reconnaît le vrai philosophe à sa capacité de se demander ce qui lui manque encore pour être pleinement vivant » (cité par Jean Greisch « Du ‘non-autre’ au ‘tout-autre’, Dieu et l’absolu dans les théologies philosophiques de la modernité », PUF 2012, page 306).

    5th février 2013 at 14 h 17 min

  4. Elke says:

    Bonjour, Gunter, C’est bien agréable d’avoir une réaction à mes écritures. Je connais assez bien l’effet café philo pour savoir que le compte rendu donne des éléments, mais ne peut rendre compte de tout ce que s’y passe. D’où ma frustration de ne pas pouvoir y aller quand je dois travailler. Mais le sujet stimule ma pensée. En te lisant, je ne comprends pas bien ce que tu considère comme « erreur » de ma part. Comment réfuter ce simple fait : Ou bien je suis vivante ou je suis morte. Vivre plus ou moins humainement ? Je renvoie au débat animé par Daniel, ou ce « plus ou moins humain » m’a déjà intriguée. Je vis ou je ne vis pas. Je suis « humain » ou je ne suis pas humain. Dans le « plus ou moins » je vois le danger d’un élitisme qui exclue plus qu’il ne permette au genre humain d’avancer, de faire face aux problèmes du monde. C’est la pensée déconnectée de l’agir, une pensée non incarnée, stérile, de la même manière que tu redoute un agir déconnecté du penser. Un agir type activisme, un agir réflexe plutôt qu’une action raisonnable. Les effets d’un agir irréfléchi peuvent avoir des effets mortifères, nous empêcher de développer notre puissance ou empêcher de développer la puissance d’un autre. Même une action réfléchie peut avoir un effet mortifère. A ce moment, on ne vit pas « moins », mais on souffre plus car la pression du vivant à se développer est énorme et devient douloureuse quand elle est empêchée. Quand je lis la phrase de Lagarde citée par toi, elle m’évoque le clivage entre la France « d’en bas » et la France « d’en haut » : que de malentendus, que d’interprétations idéologiques de part et d’autre. Penser sans agir, agir sans penser : est-ce tout simplement possible ? L’activité de penser est un travail. Il prend du temps et de l’énergie. Mais « travailler » implique une transformation. Et travailler sur ses représentations internes est une transformation de son rapport au monde, nous sommes d’accord. Toute transformation externe impose une transformation correspondante interne puisque notre cerveau est l’interface entre l’externe et l’interne et tout changement interne a une influence sur l’externe, je suis acquise à ce constat. L’impossible adaptation des représentations internes au changement de « l’externe » a su transformer notre belle démocratie bien pensée, « acquise » en 1789 ( en retenant une date symbolique) en dictature bien expérimentée qui a fait irruption à plusieurs reprise dans le tissu politique de notre vieille Europe qui donne des leçons de démocratie à l’extérieur de ses territoires. Cette transformation des représentations internes peut avoir lieu, par exemple, au café philosophique qui est beaucoup plus enrichissant quand on peut y être que si on suit le débat via un compte rendu. Parce que la parole permet d’entrer en contact avec l’autre, échanger, se heurter, s’étonner. Bien sûr que la parole humaine est importante. Aucun doute : le café philo permet de « réveiller » la parole, mais ce n’est pas parce que je parle mieux, que je formule mieux les problèmes existentiels d’une vie d’homme que je vis plus. Je vis. Point. Le langage est un outil de travail indispensable à l’homme, nous sommes, là encore, tout à fait d’accord. Un outil qu’on apprend à manier progressivement, et qu’on devrait manier avec beaucoup de prudence. Le café philo sert peut-être à cela, aussi, que d’affiner l’utilisation de cet outil. Une parole peut tuer, blesser un homme plus que l’épée quand elle est dite au mauvais moment, quand elle manque de discernement comme elle peut sauver quand elle est dite, entendu au bon moment. Bien sur qu’on augmente l’efficacité du travail en utilisant une méthodologie scientifique, en posant une hypothèse, en construisant une théorie. Mais quand le théoricien a perdu tout contact avec les réalités du terrain, ou le « réel » , pour rester dans un terrain un peu plus abstrait, il devient « bête ». Mais retour au sujet : il énonce qu’il s’agit d’apprendre à vivre. Non, par rapport au fait de vivre, j’apprends dans le meilleur des cas à vivre mieux, à souffrir moins. Mieux maintenir les équilibres, vivre en harmonie avec son environnement. La « vraie » vie cherchée par Proust ou par Rimbaud ? Cela ne les a pas empêché de vivre, il me semble. Et de mourir, un peu trop jeune, probablement. C’est qu’ils n’ont peut-être pas su apprendre à se défendre assez des mouvements, des pressions mortifères de leur environnement? Cela ne les a pas empêché d’entrer dans l’Histoire. Il y a des humains qui vivent 100 ans et le lendemain de leur mort, ils n’existent plus pour personne. Mais ils ont vécu quand-même! Pour « rien » ? Non, ils ont fait « leur » part. Bonne ou mauvaise. Et je salue en passant l’armée des invisibles qui font qu’on mange tous les jours, qu’on est à l’abri dans une maison bien chauffée, qu’on se déplace tous les jours sans se fatiguer… Vivre plus ou moins, humains plus ou moins : pour finir, ce sujet me fait penser avec émotion à un livre dont je peux conseiller la lecture. « Dites leur que je suis un homme » d’Ernes-J. Gaines.

    A bientôt (malheureusement pas avant le mois prochain)!

    5th février 2013 at 9 h 42 min

  5. Gunter says:

    Elke, j’ai parlé d’erreur induite par le compte-rendu de Carlos, parce que, si j’ai bien compris, « tu ne serais pas venu si tu avais su» le thème et la manière dont il a été traité.
    C’est le risque assumé par Carlos – je lui en ai parlé plusieurs fois – que des compte-rendus trop « désabusés » de nos échanges dominicaux n’incitent guère à venir pour y participer; or, j’y crois fermement, car c’est un lieu et un temps où l’occasion nous est donnée de devenir plus vivants.
    Je sais, de ma propre expérience et de celle d’une bonne partie de mon entourage que l’on peut être plus ou moins vivant, la joie chez Spinoza par exemple, consistant justement en une intensification, un élargissement de la vie, idée reprise par Nietzsche plus tard.
    Le « dernier homme » dans le Prologue du Zarathoustra – à peu près, entre autre : « un petit plaisir pour le jour, un petit plaisir pour la nuit, mais pas trop, sinon ça gâte l’estomac » – décrit un mort-vivant post-moderne. J’y associe également la phrase de l’Évangile : « Laissez les morts enterrez les morts », ainsi que l’idée d’ Alain Badiou, athée et matérialiste, d’une résurrection possible ici-bas grâce à la fidélité à un événement, etc.
    Quant au danger d’élitisme, je pense qu’il faut être élitiste à la façon d’un Antoine Vitez qui a consacré sa vie à « niveler vers le haut », je pense aussi à René Char ou est-ce Rimbaud ?, pour qui il faut « garder le pas gagné » et « sortir par le haut ».
    Comment éviter le nihilisme s’il n’y a plus, ni haut et bas, ni beau et laid, ni excellence et médiocrité, profondeur et platitude, etc., bref, si tout se vaut ?
    Ce qu’il faut absolument examiner et critiquer, aux Phares et ailleurs, ce que nous, les uns et les autres, estiment dans un échange réflexif et sans tabous, être plus valable, plus désirable qu’autre chose.
    Il faudrait peut-être aussi lire, je ne l’ai pas fait, « Le métier de vivre » de Cesare Pavese. Certains romans contiennent plus de philosophie que les manuels de philosophie, cf. « Un cœur intelligent » d’Alain Finkielkraut…

    5th février 2013 at 18 h 51 min

  6. Carlos says:

    Bon… Je prends note. On peut être plus ou moins vivant, c’est-à-dire, « mort-vivant »…

    5th février 2013 at 22 h 58 min

  7. Gunter says:

    Plus précisément, Carlos, on peut être plus ou moins « mort-vivant ».
    Comment comprends-tu cette phrase de Picasso (de mémoire) : « Il faut toute une vie pour (re)-devenir enfant » ? La nostalgie de l’enfance n’est-elle pas due à ce que l’enfance est considérée comme le temps de la croissance, de la créativité (le verbe latin « crescere » signifie à la fois croître et créer), bref de la vie, puisque vivre c’est croître ?
    La philosophie vivante (et l’art, la culture, toute la réalité symbolique) doit prendre le relais comme « nourriture » lorsque la croissance biologique est terminée avec la puberté. Qu’on ne m’objecte pas : « Et l’action ?. Tu préconises la fuite dans l’intériorité, dans une spiritualité désincarnée ! » On ne peut séparer, sans arrêter ce processus de croissance qu’est la vraie vie, la contemplation auto-plastique – changer soi-même – de l’action allo-plastique – changer les autres et le monde, c’est-à-dire les rendre plus vivants; c’est d’ailleurs l’interprétation par François Roustang de la maïeutique socratique. Bernard Stiegler va dans le même sens…

    5th février 2013 at 9 h 27 min

  8. Elke says:

    Ah non: Gunter! Pas d’inquiétude: Je serais venue et je viens toujours quand je peux! J’ai mis la phrase en ouverture juste pour dire que je n’y étais pas, ce jour là. Et malgré l’impression parfois de « perdre » son temps, je ne suis jamais entièrement déçue. Il m’est arrivée une seule fois de quitter la salle avant la fin! Je suis un fan inconditionnel du café des phares. Justement parce qu’on est souvent délicieusement perturbé par des sujets qui semblent avoir ni queue ni tête. Et j’utilise le compte rendu de Carlos non comme bible retraçant « la » vérité » du dimanche passé, mais comme stimulus d’amorce pour « jouer » avec le thème. Et tout en jouant se dénouent des représentations figées…. tout dans le sens de Marc Sautet. que tu évoque.

    5th février 2013 at 9 h 30 min

  9. Gunter says:

    Me voilà rassuré, Elke. Merci, en espérant que tu seras bientôt de retour…

    5th février 2013 at 16 h 21 min

  10. Gunter says:

    A la demande de Bernard, l’animateur de l’avant-dernier débat aux Phares, je mets sur le site un mail qu’il vient de m’envoyer. Comme la seule limite à la liberté de parole est la loi française, pour quelle raison m’y opposer ?

    Mon ami,

    J’ai lu tu le sais et relu aujourd’hui avec consternation et tristesse l’érudit papier de commentaire de notre débat aux Phares : « le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard ».
    Quel plaisir peut-on prendre à assister à un débat, à y rester, pour en extraire quelques verbatims choisis pour leur médiocrité ou leur platitude ? Et voilà l’écrit triomphant, acerbe et définitif, l’après coup bien pensant, qui surplombe les errances, les à peu prés, les lieux communs , de son implacable ironie.
    Les participants, toi et moi, qu’avons nous demandé d’autre que de pouvoir penser ensemble, s’émouvoir, s’étonner, rire, comprendre, se laisser traverser certes par le vent de l’opinion, mais aussi par le souffle de la singularité, par l’incohérence joyeuse, et la patience de l’interprétation, quand il n’y a pour une fois rien à démontrer, rien à prouver, rien à inscrire.
    Qu’avons nous demandé de plus, comme dans tant et tant de débats, que de pouvoir nous interroger sur nos propres bêtises  lorsqu’elles sont exprimées avec une belle inconscience par un autre que nous. De quel droit et à quel dessein, Carlos peut-il figer et mortifier par un écrit livré « au monde sans visage » ce qui du débat (de visage à visage) par essence est  évanescent, une pensée inchoative à plusieurs dans le capharnaüm d’un café, dont l’issue  appartient à chacun demain ou bien plus tard. 
    Je propose que désormais stylo et papiers soient déposés à l’entrée du café (comme on dépose ses armes entre gens de confiance), pour que les débats restent des moments de liberté, où il n’est jamais question de parler pour la postérité, où l’absence de greffier et de juge autorise la fécondité du dialogue, le retour de l’intelligence pour qui sait entendre. 

    Je t’embrasse

    Bernard 

    5th février 2013 at 18 h 46 min

  11. Elke says:

    L’écrit a quelque chose de définitif, Bernard, c’est vrai. Mais il a une fonction dans l’élaboration de la pensée. J’aime la liberté d’expression du café des phares, mais j’apprécie également le prolongement du débat quand, à des heures perdues, j’essaie d’ordonner par écrit la joyeuse « pensée inchoative à plusieurs dans le capharnaüm d’un café ». Carlos ordonne à sa manière, c’est une issue possible parmi d’autres. Certains s’y reconnaissent, d’autres s’y perdent. Je n’ai pas pu assister au débat, mais les quelques mots clés lancés par Carlos me permettent de suivre un peu la trame qui se poursuit d’un dimanche à l’autre. Je suis une adepte des notes pendant le débat parce qu’elles me permettent de fixer l’attention, de retenir quelques idées qui me paraissent intéressantes, surprenantes. Mais il serait peut-être effectivement intéressant de se poser la question si l’absence de prises de notes augmenterait la capacité d’écouter et d’entendre.

    5th février 2013 at 0 h 34 min

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